samedi 4 mai 2013

Un film sur René Guy Cadou

Les films sur les poètes sont rares et méritent que nous nous y attardions. Après Cristina Moura qui nous avait présenté un documentaire consacré au poète brésilien Manoel de Barros, c'est au tour de Jacqueline Luthereau de nous parler de cette nouvelle création audiovisuelle concernant René Guy Cadou.


Après le visionnage du DVD, d’abord un film ; René Guy Cadou ou les visages de la solitude réalisé par Emilien Awada, sur un scénario de Luc Vidal avec les voix de M. Lonsdale et R. Martin, je donnerais volontiers une lecture butinante, gorgée comme l’abeille d’images d’eau, de mer noyée dans un ciel moiré, à peine bleuté, mandala lumineux, d’eau qui s'écoule dans le marais de la Brière, sans doute, mais qui reflète l’immobilité de l’arbre sur la berge ou le tremblement de l’herbe. Jeu des reflets qui fascinait le poète nous dit Hélène gardienne de sa voie(x). Sur ces images, on entend les textes de René Guy Cadou, on découvre les lignes écrites. En alternance, des souvenirs de poètes. C.Bulting, C. Moncelet, Bruno Doucey, passionnants, esquissent un portrait de Cadou ou plutôt une trajectoire fulgurante par sa brièveté.
Entré en poésie dans le village de Rochefort-sur-Loire, où il connaît l’effervescence de l’amitié, le partage de l’expérience poétique, l’amour d’Hélène, il se retire ensuite à Louisfert . « La poésie s’est mise à bouger dans le sens des feuilles ». Ode à son territoire : « Brière, mes limons de jeunesse ».
 Hélène nous le décrit « rieur  et railleur », « en plein dedans et dehors », « bouleversé et joyeux », « il avait le don de mettre de l’harmonie dans la destruction et le ravage ». Bruno Doucey  précise qu’il n’était d’aucune école, il avait pourtant inventé le terme de sur-romantisme qui prônait le retour du lyrique sans oublier la liberté des images impulsée par le surréalisme. Il dit aussi « le poète se fait corps creux pour accueillir la rumeur du monde » A Louisfert, Cadou accueille l’événement, prend des notes et le soir écrit des poèmes. Il est instituteur un homme parmi les hommes. Hélène le dit très laïc et très chrétien ; « il avait dans une poche la médaille de Saint Benoît offerte par Max Jacob et dans l’autre la carte du Parti communiste français. Dans le monde rural très clérical de l’avant guerre, il convertit les plus hostiles à l’école laïque par son humanisme, sa chaleur humaine. Il n’est pas un poète de la Résistance mais alors que les poètes étaient conspués par les pétainistes, écrire de la poésie était sa manière de résister.
Suivent ensuite des interviews qui éclairent sa formation, sa foi, les peintres et les poètes qui l’ont accompagné. Bruno Doucey évoque le rôle de Pierre Seghers qui accepte de publier son dernier ouvrage, le plus abouti, Hélène ou le règne végétal tandis que Gallimard ne cesse de lanterner.
Les témoignages sont intéressants, le montage réussi. A voir absolument… 
                                                                                                              Jacqueline Luthereau

Complément :

1 commentaire:

  1. Grand merci pour votre attention et votre article intelligent parce que vous y avez mis la sensibilité du poète et le regard du critique

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