Des hauteurs de la Provence s'envolent pensées et créations d'aujourd'hui

samedi 10 septembre 2011

Poésie dans la cité

Redonner toute sa place à la poésie dans la société contemporaine, est une préoccupation qui revient souvent dans ce blog. Le festival Voix vives de Sète qui a eu lieu en juillet dernier était une manière de faire coïncider la parole des poètes de tout le bassin méditerranéen avec cette saison privilégiée qu'est l'été, pour sortir de son isolement et rejoindre les autres dans une communion de plein air autour de la poésie. Un tel festival nécessite beaucoup de moyens et d'énergie, il se prépare sur une année, et ne peut avoir lieu sans une autorité fédératrice qui sait entraîner toute une équipe dans l'aventure, en l'occurrence ici Maïthé Valles-Bled. D'autres initiatives peuvent aussi contribuer à créer ce maillage sur tout le territoire pour que la poésie soit visible de tous et stimule ainsi des parcours plus intérieurs et plus secrets. J'ai déjà parlé des rencontres organisées par Nicole et Georges Drano, je voudrais aujourd'hui présenter ce qui s'est fait à Morlaix autour de Jean-Albert Guénégan qui a déjà été l'hôte de ce blog.

L'idée vient du poète lui-même, elle est à porter au crédit de l'imagination qui est la seule à pouvoir régénérer notre vie quotidienne, lui permettre d'atteindre une autre dimension. Elle est le chemin entre le réel et le surréel, le passage vers une existence plus riche. Après avoir écrit son recueil Trois espaces de liberté et en attendant sa publication, Jean-Albert Guénégan a contacté un élu de sa ville, en attirant son attention sur ses poèmes qui chantaient le jardin. Le jardin compte pour lui parmi les espaces de liberté. Il a alors offert ses poèmes à la ville en lui suggérant d'en faire bénéficier ses habitants. Un an plus tard, il les voyait présentés, pour tout l'été, sur de grands livres en bois installés à quelques endroits stratégiques : rond-point, kiosque à musique, places, squares et jardin municipal. L'ensemble formant un promenoir poétique, invitation à la lecture et à la rêverie. Les deux photos ci-jointes, la première où l'on peut voir le poète avec en arrière-plan le célèbre viaduc de Morlaix, ainsi que la seconde, complétée du poème qu'elle présente, nous donnent un aperçu de cette heureuse initiative.



Sur le jeune feuillage du bouleau
le ciel vide ses poches.
Alors, je réclame à l'instant
de fondre le temps,
au printemps de glacer
l'incarnat du soir.

Sur les bourgeons du lilas
s'éveillent l'azalée, le poirier.
Je sens, je respire et leur dis des vers
mais mon chant pas assez reconnu
passe sur elle comme la trace
d'une nuit pudique.
Qu'importe feuilles nouvelles,
ma solitude est plus qu'une rumeur,
c'est pour vous que je verse des larmes.

Jean Albert Guénégan
Trois espaces de liberté

samedi 3 septembre 2011

Les soirées littéraires de Pontigny

Le 13 août dernier, j'ai été invité par les Amis de Pontigny à venir parler de Gaston Bachelard, en souvenir de sa participation aux célèbres "Décades de Pontigny" fondées par Paul Desjardins en 1910. J'aurai l'occasion de revenir sur ce temps fort de la vie littéraire et intellectuelle de l'entre-deux-guerres et sur les valeurs d'humanisme et de paix dont il était porteur. Mais pour l'heure, puisque la saison n'est pas terminée, voici le programme de cette année qui contient encore deux rendez-vous en septembre.


L’esprit de Pontigny : évocation des Décades, lectures et conférences
Après la commémoration en 2010 du centenaire de la première "Décade de Pontigny", les Amis de Pontigny proposent, le samedi soir en été, une série de conférences et présentations – illustrées par des photos de Pontigny et ponctuées de lectures – afin de faire partager un peu de l'esprit qui a soufflé sur les Entretiens d'été, organisés par Paul Desjardins et sa femme de 1910 à 1939, dans les bâtiments de l’ancienne abbaye cistercienne.

 6 août – 20h30
Irène Fernandez
Agrégée de philosophie, docteur ès lettres.
"Paul Desjardins et Ramon Fernandez, recherche d'un humanisme"
Évocation des rapports intellectuels de Paul Desjardins et de Ramon Fernandez, à partir d'un souvenir personnel très vif et d'un portrait inédit de Paul Desjardins par Ramon Fernandez.

 13 août – 20h30
Jean-Luc Pouliquen
Poète et critique littéraire, spécialiste de Gaston Bachelard
Les "Décades de Pontigny" dans le parcours philosophique et poétique de Gaston Bachelard
Entre 1929 et 1939, Gaston Bachelard participera à trois reprises aux "Décades". Elles jalonnent dix années particulièrement fécondes de son itinéraire, la séquence où il fait son entrée sur la scène culturelle.

 27 août – 20h30
Pierre Masson
Professeur émérite, Éditeur des œuvres de Gide dans la Pléiade.
"Gide en famille à Pontigny"
Les débuts de Gide à Pontigny furent d'abord prudents, voire méfiants. Mais la période d'après 1918, où Gide se retrouvait entouré de la Petite Dame et de ses amis, fut marquée par des relations plus étroites avec Paul Desjardins, tandis que l'amitié naissait entre Gide et Anne Desjardins.

24 septembre – de 16h30 à 19h
Lorraine Audric
Historienne de l’art, chercheuse associée à l’IMEC sur le fonds Gisèle Freund.
"Gisèle Freund: une photographe à Pontigny"
Jeune étudiante en sociologie et militante engagée, Gisèle Freund est contrainte de fuir l’Allemagne nazie en 1933. Paris devient alors sa terre d’exil, puis son pays d’adoption. Elle trouvera refuge à Pontigny à plusieurs reprises entre 1934 et 1939, où, grâce à son Leica, elle capturera l’atmosphère des Décades tout en faisant le portrait de leurs participants.

Marie-Brunette Spire
Universitaire et traductrice, a récemment publié deux correspondances d'André Spire
"André Spire et Paul Desjardins"
André Spire (1868-1966) s'engagea dans les combats du tournant du siècle - organisations philanthropiques et Universités populaires - et dans les débuts du sionisme politique. Poète très tôt engagé dans une expression poétique novatrice (vers libre et rythme), il participa à la décade de Pontigny intitulée "Du rythme, comme principe de délectation et d’expression dans la technique des divers arts et comme donnée naturelle" en août 1930. Il y rencontra Gaston Bachelard et Martin Buber. Les archives d'André Spire permettront de tenter de reconstituer son séjour.

Entrée : 5€
Les Amis de Pontigny tel : 03 86 47 54 99
Courriel : amis.de.pontigny@wanadoo.fr

Complément :

- le site des Amis de Pontigny

samedi 27 août 2011

Les Cahiers de Garlaban - V

Pour finir, voici le quatrième recueil de la série, publié en octobre 1988, dont l'auteur est Gérard Pons. Les Cahiers de Garlaban devaient par la suite éditer deux autres recueils de lui, sur lesquels nous auront l'occasion de revenir. Les Gravures du temps était un bon titre pour commencer avec ce poète graveur qui avait illustré lui-même sa couverture et que nous avions souvent plaisir à rencontrer dans son atelier installé au Castellet, ce village du Var où furent tournées quelques scènes de La femme du boulanger de Marcel Pagnol.


Le texte en quatrième de couverture était le suivant : Envisager le temps à l’œuvre sur la vie, comme le graveur sur le cuivre, ce n'est pas pour Gérard Pons faire un constat pessimiste. C'est accepter ce fin mélange d'instants choisis et d'instants subis avec lequel se dessine toute existence.
Si l'acidité de certains jours creuse le cœur en profondeur et laisse dans la bouche un goût de fer, l'heure investie dans l'amour ou le rêve étanche la soif d'absolu.
Rester l'ordonnateur du trait, qu'il contourne l'ombre ou le soleil, qu'il soit terrestre ou aérien, demeure l'intention première de Gérard Pons pour qui "la réelle beauté réside dans l'imaginaire".

Il se continuait par cette présentation de l'auteur : Gérard Pons, né dans le Vercors d'une mère cévenole et d'un père pyrénéen, a toujours gardé cet amour de la liberté qu'engendra une enfance forgée à l'air vif dans la simplicité.
Les œuvres de Saint-Exupéry, Giono, Paul Morand, plus récemment d'Emmanuel Bove l'ont aidé d'étape en étape. Il vit aujourd'hui sur les bords de la Méditerranée où il poursuit, en dehors des modes, son travail de graveur et de poète.