Des hauteurs de la Provence s'envolent pensées et créations d'aujourd'hui

samedi 20 mars 2021

Comment être poète persan sur YouTube ?

Nous avons déjà rendu compte dans ce blog du travail mené par Reza Afchar Naderi pour faire connaître la poésie persane en France. Depuis deux ans, il s'est engagé sur un nouveau chemin en créant une chaîne sur YouTube. Cette initiative nous intéresse particulièrement car elle s'inscrit dans les nouvelles possibilités qui sont actuellement offertes pour continuer de faire vivre la poésie. Nous avons voulu en savoir plus sur son expérience et lui avons posé quelques questions à ce sujet ?

Merci Reza d'accepter que nous t'accompagnions pour quelques pas dans cette nouvelle aventure. Pourrais-tu nous dire pour commencer ce qui t'y a conduit ?

Le chemin qui mène la poésie à la publication traditionnelle, celle des éditeurs papiers, est abrupte. Souvent on ne juge pas votre manuscrit à l'aune de votre talent mais à sa capacité de s'adapter au marché du livre. Quand ce n'est pas à la place que vous occupez ou non dans un réseau donné. La publication en ligne, sur YouTube en ce qui me concerne, met à votre disposition un média qui diffuse votre écriture poétique imprégnée de votre parcours, de votre maîtrise d'une langue et de vos convictions. Vous devenez ainsi votre propre éditeur. Quant à son pouvoir de diffusion il est fonction du temps que vous lui consacrez dans la sphère virtuelle et non à des canaux faisant jouer le favoritisme et le copinage.

 
 
C'est une chance extraordinaire de devenir son propre éditeur et de ne pas être dépendant du bon vouloir des autres. Sur le logo de ta chaîne il y a le profil de Montesquieu et tu lui as donné pour nom "Perse et poète". C'est ainsi que tu définis ta ligne éditoriale ?

En effet c'est une chance que de devenir son propre éditeur mais les places sont chères sur les réseaux et il faut quand même se battre très régulièrement pour sortir du lot.
Le profil de Montesquieu renvoie bien sûr à ses "Lettres persanes" où il raconte les extravagances et les absurdités de la société française à travers le regard prétendument naïf d'un Persan. Regard extérieur habité en réalité par le philosophe lui-même. Or je suis Iranien de naissance et français de culture. J'ai trouvé que le patronage de Montesquieu convenait bien à ma démarche pour raconter les errances et démissions de la France qui est la mienne. Une France que j'ai admirée depuis l'Iran et que je trouve bien défigurée aujourd'hui tant elle a renié ses propres valeurs et son identité. 

Ce sont plus de cent-cinquante vidéos que tu as mises en ligne actuellement. Je voudrais m'attarder sur les dernières où au travers de la poésie traditionnelle persane tu pointes du doigt ce que sont pour toi les faiblesses actuelles de la poésie française. 

Il y a des poésies enracinées et des poésies hors-sol. Les poésies enracinées ont gardé en elles la substance créative de générations de poètes ayant constitué au fil des siècles un patrimoine de connaissances et de savoir-faire. Ce patrimoine élève l'individu à partir du moment où ce dernier prend la peine de l'explorer. Il le rend plus fort dans sa pensée et dans sa parole, qu'elle soit écrite ou orale. La colonne vertébrale de ce patrimoine est la technique. Une technique qui n'a cessé d'évoluer et de s'adapter à son époque avec comme socle permanent les acquis du passé. 
La poésie hors-sol est celle qui, à l'image du Surréalisme, fait fi du savoir-faire, de la pensée construite et de l'héritage que je viens de mentionner plus haut. Cette prétendue poésie entend vous conduire vers la liberté en brisant les fondations d'une culture mais ce faisant elle ne mène qu'à une forme d'aliénation et d'infantilisme. Ainsi le Surréalisme, depuis près d'un siècle, n'a su apporter à la culture française qu'un champ de ruines sur lequel rien n'a jamais été bâti.


Le ton est donné. Voilà de quoi aiguiser notre curiosité et avoir envie de te suivre dans tes vidéos où l'on pourra te voir et t'entendre nous faire partager tes points de vue, tes créations et celles de la poésie traditionnelle persane. Tel est l'avantage de l'audiovisuel sur le papier imprimé. Merci Reza !

Complément :

- La chaîne Perse et poète.

samedi 13 février 2021

La poésie comme art de vie

 Michèle Serre et Pierre Sentenac ont déjà été les hôtes de ce blog. Ainsi il y a dix ans avions-nous demandé à Michèle de nous en dire plus sur le beau recueil qu'elle avait consacré au poète Ossip Mandelstam. Et en 2013 nous avions rendu compte du livre d'entretiens qu'elle avait réalisé avec son mari, le peintre Pierre Sentenac.

En plus de leurs créations respectives en écriture et en peinture, tous les deux ont fondé ensemble la maison d'édition Le Bien Vivre qui propose des livres d'artiste à tirage limité d'une grande originalité et réalisé avec le plus grand soin. C'est sur leur dernière parution que je voudrais aujourd'hui m'attarder.

Ce livre constitue le premier tome d'une série, il reprend les vingt premiers articles du blog tenu par Michèle Serre auquel participe également Pierre Sentenac comme illustrateur et critique musical. Il s'agit d'un blog culturel traitant avant tout de poésie, de peinture et de musique, mais aussi parfois de cinéma et de photographie qui s'intitule Poésie art de vie et qui a été ouvert le 24 novembre 2011.

C'est une très bonne idée d'avoir matérialisé ces chroniques, textes inédits, images et photographies dans un ouvrage aux pages couleur ivoire, à la typographie fine qui joue avec les différentes couleurs de l'encre, prolongeant ainsi la lecture sur écran par le plaisir de tenir dans ses mains un bel objet au contenu remarquable.

Car ce livre est plus qu'une collection de textes et d'images, c'est un véritable manuel du bien vivre dès lors que l'on a choisi d'alimenter sa pensée, ses sens et ses émotions à la source de la création la plus authentique.

Michèle Serre et Pierre Sentenac rendent compte, commentent, analysent, citent, proposent une ensemble d’œuvres poétiques, picturales, cinématographiques, photographiques, musicales qui nous nourrissent en profondeur, reconstituent même cette étoffe protectrice indispensable à une vie équilibrée dans un monde si perturbé et menaçant.

Alors citons au hasard parmi les sujets abordés : la présentation du film de Jean Périssé sur le dernier amour de Chateaubriand, le merveilleux en poésie, la lumière, la musique baroque, les photographies de Jacques Faujour, l'enfance, les racines, la présence de la mer, de la pluie, de la forêt...

Par petites touches, à voix basse, presque chuchotée, Michèle Serre et Pierre Sentenac nous entraînent véritablement avec ce premier tome dans le fabuleux voyage de la création. On attend avec impatience les suivants pour le poursuivre.

Complément :

- Le livre est vendu (port compris) à un prix préférentiel de 13€ à commander à pierresentenac@orange.fr

lundi 18 janvier 2021

Itinéraire poétique

 Avec ce mois de janvier, s'ouvre la douzième année de ce blog. C'est l'occasion pour moi de présenter mon dernier livre. La couverture a été conçue par François Alfroy, elle est suivie de l'introduction qui détaille le contenu de l'ouvrage.

 Itinéraire poétique en étoile

Voici un ensemble de huit textes qui s'inscrivent dans mon itinéraire poétique. Chacun d'entre eux creuse dans une direction différente, mais tous ont été inspirés par la même source. Au fil des mots il sera possible d'en retrouver le chemin.

Le premier texte s'interroge sur la ligne à suivre pour un poète, celle qui lui permettra de donner le meilleur de lui-même. La question n'est pas nouvelle, mais elle est ici posée dans une société qui se propose au travers de nombreuses institutions de lui venir en aide. Il s'agira de savoir jusqu'où ce compagnonnage peut aller.

Le deuxième texte va chercher chez deux philosophes, Gaston Bachelard et Nicolas Berdiaeff, un éclairage sur l'imagination qui est le moteur même de la création poétique.

Le troisième reste avec Gaston Bachelard et met en évidence ses échanges avec les poètes de L'École de Rochefort. Ils sont peu connus et ont pourtant nourri la dernière séquence de ses méditations sur la poésie.

Gaston Bachelard encore traverse le quatrième texte animé par un souci d'éveil. Il présente en effet une méthode pédagogique pour amener les enfants à écrire des poèmes. Celle-ci s'est construite à partir des livres de poétique du philosophe champenois.

Le cinquième texte traite de la critique littéraire pour un poète, de ce moment où il va être amené à écrire sur les œuvres de ses pairs et de la manière dont il va s'y prendre pour le faire. En quoi celle-ci va-t-elle différer des autres critiques ?

Le sixième texte est en quelque sorte une illustration de la question posée précédemment. Il montre de quelle façon le poète Bertrand d'Astorg a investi l'imaginaire littéraire et comment celui-ci a pu le conduire aux origines mêmes de notre culture,

Les deux derniers textes sont des témoignages qui évoquent Serge Bec et André Salmon. C'est l'amitié avec le poète provençal Serge Bec qui sera rappelée en même temps que son combat pour faire entendre dans sa langue d'oc natale un chant des plus original.

C'est le voisinage poétique et géographique avec celui qui fut l'ami de Guillaume Apollinaire et de Max Jacob ainsi qu'un des premiers soutiens aux poètes de L'École de Rochefort qui sera mis en lumière pour conclure.
                                                                       Jean-Luc Pouliquen
 
Compléments :