Des hauteurs de la Provence s'envolent pensées et créations d'aujourd'hui

lundi 9 février 2026

Marie Rouanet & Yves Rouquette

Le 25 janvier dernier, Marie Rouanet nous quittait.  Elle allait ainsi rejoindre son mari Yves Rouquette, disparu un mois de janvier également, en 2015. C'est par lui que je fis sa connaissance lors d'un bref séjour chez eux dans leur appartement de Béziers en 1989. Le moment était important pour Marie car elle attendait une réponse de grands éditeurs concernant un manuscrit dans lequel elle mettait beaucoup d'espoir. Il fut question des éditions Plon, de Jean Malaurie et de sa prestigieuse collection "Terre humaine". Ce sont finalement les éditions Payot qui publieront en janvier 1990 le manuscrit sous le titre devenu célèbre Nous les filles. Marie, qui était jusqu'alors connue essentiellement dans la sphère occitane, élargira ainsi son audience, sera invitée sur les plateaux des chaînes de télévisions nationales ainsi qu'à des manifestations culturelles de dimension internationale. Je pense par exemple au festival "Étonnants Voyageurs" de Saint-Malo. Elle n'en gardera pas moins son ancrage en Occitanie, où elle comptera désormais parmi les personnalités de la vie littéraire et culturelle. Elle fera par exemple partie du jury du prix Antigone de Montpellier. Prix qui sera attribué en 1992 à Serge Bec pour son recueil Saison de guerre que j'avais édité aux Cahiers de Garlaban. C'est à Lodève et Sète par la suite que je la retrouverai régulièrement de 1998 à 2014 lors des festivals de poésie "Voix de la Méditerranée" et "Voix Vives".


D'Yves Rouquette me revient une image qui m'avait marqué. C'était au début des années quatre-vingt où soufflait un vent nouveau sur l'action culturelle. Yves Rouquette était en résidence à la Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon et la revue qui l'annonçait le représentait assis sur une sorte de trône baroque et flamboyant qui laissait imaginer l'originalité et la forte personnalité de son occupant. Par la suite, j'avais consulté les pages qui lui étaient consacrées dans la Nouvelle histoire de la littérature occitane de Christian Anatole et Robert Lafont. J'y avais découvert notamment sa proximité avec René Guy Cadou, qu'il me confirmera, ayant même débuté sa carrière d'enseignant à Ancenis en Loire-Atlantique. Nous avions beaucoup de choses à nous dire et à partager. Lors de mon séjour à Béziers, il m'emmena à Camarès, le berceau de sa famille. Durant le trajet en voiture, nous aperçûmes des lièvres à la parade nuptiale. Il l'évoquera par la suite dans un texte pour la revue Hérésis. Notre rencontre se prolongera par sa participation aux Cahiers de Garlaban. Il préfacera tout d'abord le recueil Oc de Daniel Biga illustré par Ben qui paraîtra en 1989. Et puis il apportera au catalogue son recueil Cellula XIII fruit précisément de sa résidence à Villeneuve-lez-Avignon. Comme pour Marie, je le revis souvent par la suite à Lodève et à Sète. À Lodève, j'eus la chance une année de faire la connaissance de son frère Jean Larzac. Il fut émouvant pour moi de l'accueillir à Sète lors d'un rendez-vous que j'animais. Sète, ville natale de Paul Valéry, Jean Vilar, Georges Brassens et Yves Rouquette.



samedi 10 janvier 2026

"Le Poète" par Ivan Frias

Commençons l'année avec un texte à la croisée de la philosophie et de la poésie, extrait du livre d'Ivan Frias Agudas & Crônicas, paru à Rio de Janeiro en 2022. Ivan Frias est médecin et philosophe. Il est un familier de ce blog.


O poeta


No lugar do simbólico entrou você.
No mais puro lugar, onde poucos entraram.
Não permiti que fosse maculado.
Guardei-o comigo, qual jóia rara.
Tranquei-o com pesado ferrolho.
Uma espécie de prisão; como as celas dos monges.
Lugares impenetráveis, reservados ao recolhimento.
Último reduto da pureza do mundo.
Sou platônico, permito-me a comparação.
Há um lugar para os belos pensamentos.
Pensamentos que pertencem à humanidade.
Que passam pelas gerações como lugar do sublime.
Amantes se encontram neste lugar em momentos únicos.
Nele, e em nenhum outro, fazem seu culto ao Amor.
Lugar simbólico, não concreto.
O concreto está nas ações dos homens.
Não em seu pensamento, nem em seu sentimento –
expressões da filosofia e da arte.
Podemos exprimi-lo por palavras e atos, pequenos gestos, frases inacabadas.
Em certos momentos da vida abrimos os ferrolhos do recolhimento.
Saímos para o mundo.
Comunicamos a existência deste lugar encantado.
E convidamos alguém para conhecê-lo.
Altar do amor não corrompido, cultuado pelos crentes no romance –
forma literária deste lugar.
Crentes na deusa Literatura.
Nesse lugar não cristão de penitência revelamos o vivido em poemas e prosas; sem tergiversações.
A Literatura como lugar da expressão do Eu – do sublime que há no homem.
P O E T A – com estas cinco letras designamos aquele que exerce seu sacerdócio nesse lugar. 


Le poète


Dans la place du symbolique, tu es entré.

Dans ce lieu le plus pur, où peu ont pénétré.

Je n'ai pas permis qu'il soit souillé.

Je l'ai gardé avec moi, comme un joyau rare.

Je l'ai enfermé derrière un lourd verrou.

Une sorte de prison, comme les cellules des moines.

Des lieux impénétrables, réservés au recueillement.

Derniers bastions de la pureté du monde.

Je suis platonicien, je me permets la comparaison.

Il existe une place pour les belles pensées.

Des pensées qui appartiennent à l'humanité.

Qui traversent les générations comme un endroit sublime.

Les amants s'y retrouvent à des moments uniques.

C'est là, et nulle part ailleurs, qu'ils vénèrent l'Amour.

Un lieu symbolique, non concret.

Le concret réside dans les actions des hommes.

Pas dans leurs pensées, ni dans leurs sentiments –

expressions de la philosophie et de l'art.

Nous pouvons l'exprimer par des mots et des actes, de petits gestes, des phrases inachevées.

À certains moments de la vie, nous ouvrons les portes du recueillement.

Nous sortons dans le monde.

Nous annonçons l'existence de ce lieu enchanté.

Et nous invitons quelqu'un à le découvrir.

Autel de l'amour non corrompu, vénéré par les croyants en la romance –

sa forme littéraire.

Croyants en la déesse Littérature.

Dans cet endroit non chrétien de pénitence, nous révélons ce que nous avons vécu dans des poèmes et des proses, sans tergiversations.

La Littérature comme lieu d'expression du Moi – du sublime qui réside en l'homme.

P O É T E – ces cinq lettres désignent celui qui y exerce son sacerdoce.


Ivan Frias

(Traduction de Jean-Luc Pouliquen)



Complément :

-Ivan Frias sur Wikipédia.






samedi 6 décembre 2025

Les 50 ans de la mort de Saint-John Perse

 Le 20 septembre dernier, dans le cimetière de Giens où il repose, avait lieu une cérémonie pour commémorer les cinquante ans de la mort du poète Saint-John Perse. Pour la circonstance, des gerbes furent déposées sur sa sépulture. rappelant ses origines guadeloupéennes, ses hautes fonctions dans la diplomatie, ainsi que la fidélité de ses nombreux amis à travers le monde. Au même moment, à Pointe-à-Pitre, sa ville natale, un colloque international lui était consacré.

J'ai déjà présenté dans ce blog un film sur l'installation du poète sur la presqu'île de Giens dans le Var en 1957 ainsi que le discours qu'il prononça à Stockholm lorsqu'il reçut le prix Nobel de littérature en 1960.
Voici un autre document audiovisuel qui embrasse la totalité du parcours de Saint-John Perse et donne quelques clefs pour aborder son œuvre :


Pour compléter l'approche de l'homme, on lira le journal qu'a tenu son amie Katherine Biddle qui l'a connu dans sa période d'exil aux États-Unis, un temps de fragilité où le poète a repris le dessus sur le diplomate :


Ces éléments sont déjà anciens. Des parutions récentes témoignent des ferveurs que continue de susciter le poète. Ainsi de cette BD Saint-John Perse, d'Atlantique qui a mis à contribution plusieurs dessinateurs de talent. Ainsi de ce livre coordonné par Henriette Levillain et Catherine Mayaux rendant compte des lectures actuelles de son œuvre ou encore de cette édition par Isabelle Davion d'une correspondance jusque-là inédite avec Philippe et Hélène Berthelot. Notons enfin que l'on peut trouver sur Youtube la captation du colloque de septembre qui a eu lieu à Pointe-à-Pitre sous le titre Saint-John Perse, l'errance enracinée.

Complément :