Des hauteurs de la Provence s'envolent pensées et créations d'aujourd'hui

lundi 2 novembre 2026

Séquence Long Island

 Au printemps dernier, se concrétisait une belle aventure avec la parution de Séquence Long Island coécrit avec Ann Cefola et préfacé par Rosanna Warren. Si Ann Cefola a été présentée dans ce blog dès février 2020, ce n'est que plus récemment que j'ai rendu compte de la poésie de Rosanna Warren traduite en français. J'espère avoir d'autres occasions de parler de l'une et de l'autre dont l'œuvre continue de se développer.

Mais pour l'heure j'aimerais prolonger par cette chronique, l'esprit de ce livre qui est de tisser des liens à la fois poétiques et amicaux entre la France et les États-Unis. Pour ce faire, j'ai choisi de donner à lire deux commentaires venant d'amies américaines que j'ai également présentées dans ce blog.
La première est Beth Gersh-Nešić, avec qui j'ai écrit Conversation transatlantique, et qui traduira La Fille de la lune qu'elle éditera dans sa maison d'édition Za Mir Press sous le titre Aydan Before Moonlight. Voici la traduction française de son commentaire laissé sur le site d'Amazon-EU : "Une magnifique introduction à la culture de Long Island, observée de près par la poète et artiste plasticienne Ann Cefola, et de plus loin par le poète Jean-Luc Pouliquen, qui met en lumière les liens avec la France dans cette partie de l’État de New York. L’ouvrage est entièrement rédigé en français. Il est destiné aux apprenants de niveau intermédiaire. À la fois très divertissant et instructif !"
La deuxième est Linda Simone dont nous avons pu découvrir le talent poétique en mai dernier. Voici une traduction en français du commentaire qu'elle a posté sur le site Goodreads : "Découvrir Séquence Long Island, c'est comme aborder une île inconnue située à mi-chemin entre Hyères, en France, sur la côte méditerranéenne dans la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, et le rivage nord de Long Island (État de New York/États-Unis d'Amérique) à l'ouest du comté de Suffolk. C'est une distance de plus de 6300 kilomètres que vous pouvez parcourir en 90 pages.
L'ouvrage repose sur un dialogue – un échange de "question-réponse" – qui commence par un court essai de la poétesse et traductrice américaine Ann Cefola, auquel fait écho un texte du poète français Jean-Luc Pouliquen. Le voyage, qui serpente à travers le passé et le présent, se dévoile ensuite, entraînant le lecteur à la rencontre de figures marquantes (Herman Melville, Walt Whitman, Antoine de Saint-Exupéry, Jackson Pollock), de lieux évocateurs (Provence, Montauk) et d'une multitude d'expériences éclectiques.
Rosanna Warren, la poétesse américaine et fille du feu poète Robert Penn Warren, offre par sa préface un magnifique avant-goût de ce qui attend le lecteur."

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vendredi 2 octobre 2026

L'été disloqué

 Durant l'été de canicules que nous venons de connaître, un livre dans ma bibliothèque de poésie a retenu mon regard. Il s'agit de L'été disloqué de Jean-Raymond Tschumi. L'auteur me l'avait envoyé avec une dédicace en août 1994 depuis Lausanne où il vivait. Il était accompagné d'une enveloppe contenant une notice biobibliographique qui informait de sa naissance à Berne en 1953, de son enfance et adolescence à St. Gall en Suisse allemande, de ses études d'architecture interrompues à Lausanne, puis dans cette même ville de ses études de Lettres (allemand, espagnol, français). Avait suivi un poste d'assistant à la section d'espagnol de l'université de Lausanne parallèlement à un enseignement d'espagnol dans une école privée. Au moment où il m'écrivait, il était maître de langue et littérature allemande au Gymnase cantonal de la Cité à Lausanne.

Suivait sa bibliographie qui signalait la parution en 1990 de son recueil Résurgences aux éditions L'Âge d'Homme de Lausanne. Ce recueil avait reçu le prix Claude Sernet aux Rencontres de poésie de Rodez. L'été disloqué était son deuxième ouvrage qui arrivait quatre ans plus tard, avec entre-temps des parutions en revue, une participation à l'anthologie La Poésie suisse romande établie par Claude Beausoleil, coéditée par Les Écrits des Forges au Canada et Les Éditions de l'Aire en Suisse. 

Jean-Raymond Tschumi faisait également état de sa participation à des rencontres poétiques d'importance comme celle du Grenier de Jacques Chessex ou de la Biennale internationale de poésie à Liège.

Sur le rabat de la première de couverture, une information s'ajoutait qui avait son importance : l'auteur était né d'un père jurassien et d'une mère espagnole. Voulant poursuivre mon information sur le poète, j'ai eu la tristesse d'apprendre qu'il était mort à Lausanne le 29 juillet 2014 à l'âge de 60 ans.


Parler de son recueil L'été disloqué est donc une manière d'honorer sa mémoire et de lui rendre hommage.
Le livre compte soixante-six poèmes d'une écriture resserrée répartis en quatre sections : Le long d'un tournesol (fureurs), Veilles disloquées (transitions), Dislocations (faits divers), D'été en été (amours).
Écoutons l'écrivain et critique littéraire Jean Pache nous en parler : Voici un livre du désarroi et du passage. Il dit les hésitations douloureuses de l'identité chancelante, la reconquête laborieuse de ce qui fut un territoire à peine occupé : "Oui, je devine au dehors les paroles/d'un livre égaré qui m'écrit." La déchirure, la partition, la claudication intérieure. Tout cela que l'écriture, la forme subissent, révèlent – maîtrisent enfin. Lorsque cède l'application inquiète, parfois volontariste. Alors, la simplicité, l'immédiateté : "Je voudrais un poème, qu'il soit/ l'éponge du jour." Dans ces instants, le poète capte l'évidence. Il rattrape son livre. Il en prend possession. Fût-ce dans le manque : "... j'ai laissé échapper mes enfants/par la fissure de mon enfance."

J'ai envie d'ajouter cet extrait du poème ayant pour titre Égarement : "Cet été-là/Nous perdîmes le nom des fleurs/dans l'égarement des jardins./Tout sautait si puissamment aux yeux – /À peine si les tiges murmuraient des pétales/dans l'abrasement des jours carnassiers." en me souvenant que Jean-Raymond Tschumi est mort en plein été.

Complément :

jeudi 27 août 2026

La poésie de Rosanna Warren

C'est toujours un bonheur de découvrir une poésie venue d'ailleurs, en l'occurrence des États-Unis, qui élargit notre horizon en nous entraînant dans des univers à même de stimuler notre imaginaire et notre sensibilité.

Tel est le cas de la poésie de Rosanna Warren, dont le livre De notre vivant, traduit de l'américain par Aude Pivin, propose en édition bilingue un ensemble de poèmes publiés dans différents recueils entre 2003 et 2019.

Rosanna Warren est née dans le Connecticut en 1953. Elle a publié à ce jour 7 recueils de poèmes chez WW Norton & Co. Membre de l’Académie Américaine des Arts et des Lettres, elle a reçu plusieurs prix de poésie et ses poèmes sont régulièrement publiés dans le New Yorker. Elle est également traductrice et professeure émérite de littérature américaine et étrangère à l’Université de Chicago. Dans sa bibliographie en prose, je retiens son livre Max Jacob a life in art and letters, biographie de 720 pages parue en 2020, qui nous ramène cette fois vers des périodes et des terres de création qui nous sont familières.
Le choix de poèmes qui nous est donné à lire, se présente comme une mosaïque dont les éclats ont été collectés au fil du temps dans la vaste géographie qu'a arpentée l'auteure. Sans qu'elles soient nommées, on devine les villes de La Nouvelle-Orléans, de Berlin ou encore de Paris. Il y a aussi New York d'où est observée une éclipse entre les tours de Manhattan. Mais le décor n'est pas seulement urbain, la nature est aussi célébrée, il faudrait dire plutôt les éléments quand ils sortent de leur quiétude pour nous provoquer. La rivière est en crue, le vent emporte tout sur son passage, le feu sature l'espace de fumée. Le règne animal, lorsqu'il est évoqué, apporte lui aussi sa contribution à la perception d'un monde en turbulences. Sur l'étal du magasin, ne reste que le cœur sanguinolent d'un poisson qui pulse encore. En forêt, les coyotes sont en pleines bacchanales nocturnes.
L'écriture de Rosanna Warren est toute en sensibilité, sachant transcrire au plus juste et sans fioriture ce que ses sens mêlés à l'émotion lui ont dicté. Chacun des poèmes, au-delà du contexte évoqué, s'inscrit dans une interrogation existentielle. Dans Questionnaire pour Bernard Chaet elle pose la question : "Une cicatrice peut-elle émettre de la lumière ?" et dans l'hommage au peintre Bonnard qui conclut le recueil, elle termine à propos de son modèle par ces vers : "Elle essaie de se laver/Elle tremble de/froid. Elle a compris/que jamais, dans cette vie, elle ne sera propre.".

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