Voici aujourd'hui une présentation du livre qui est à l'origine de cette série de chroniques. C'est en effet lorsqu'elle était en résidence à Rentilly que Françoise Ascal m'avait amené à parler de Gaston Bachelard dont elle avait fait l'axe de lecture autour duquel s'était organisé son séjour. Durant celui-ci, elle a elle-même consigné ce que l'oeuvre du philosophe champenois lui avait inspiré. Il en a résulté un journal mêlant méditation et poésie. De cette confrontation entre son expérience et une oeuvre rattachée à une époque que le monde contemporain tente de balayer - à laquelle se sont rajoutés des éléments apportés par des auteurs et des artistes qui ont nourris et nourrissent encore le parcours de Françoise Ascal (comme par exemple Albert camus, Pierre Bergougnioux, Charles Juliet ou Christian Boltanski) - est né un ouvrage riche et dense qui nous plonge au coeur des interrogations d'aujourd'hui.

Il est intéressant - et nous pouvons le faire au travers de cette série de chroniques - de voir ce qui différencie un poète d'un philosophe dans sa lecture de Bachelard. La lecture de Michel Capmal ou de Françoise Ascal, tous les deux poètes, sera différente de celle de Marly Bulcão qui est philosophe. Pour cette dernière, elle sera opératoire, elle sera attentive aux concepts forgés par Gaston Bachelard pour poursuivre la réflexion sur la science ou l'imagination. Pour les deux premiers, elle sera plus liée aux intuitions qui s'en dégagent afin de mieux orienter la rêverie et l'écriture.
Profondément attachée à la terre, à la relation forte avec le monde qui en découle, Françoise Ascal ressent comme une perte, cette montée du virtuel qui envahit peu à peu des pans entiers de nos existences. Elle a et aura des conséquences sur la poésie elle-même car elle risque de la mettre en danger, si nous ne gardons pas en nous l'attitude bachelardienne qui nous relie à des énergies primordiales dont nous ne pouvons nous passer pour donner de la force aux mots et aux images.
Pour conclure, je propose cet extrait du livre qui nous en donnera l'orientation et je l'espère l'envie de le lire tout entier : "En France, aujourd'hui, nombreux sont les poètes qui cultivent une langue volontairement neutre, se défient des adjectifs et des images. Ce n'est pas ma voie, non par souci de résistance, mais par nécessité intime. Ce vocabulaire que je m'efforce de rendre aussi précis que possible est celui d'une conquête. Appropriation d'une langue manquante, trouée dès l'origine par la pauvreté et le silence des miens.
Chaque mot gagné sur l'ordinaire de l'enfance ouvrait une fenêtre, accroissait l'espace et la conscience. Ainsi, leçon merveilleuse furent les mots de métiers utilisés par mes parents, échappant à l'étroitesse ambiante : le vocabulaire de la couture, des tissus, des modes de façonnage, celui du jardinage, des techniques et outils, celui des variétés de fruits et légumes. C'est par là que la poésie est entrée en moi, à mon insu, et au leur."
Complément :
- le livre sur le site de l'éditeur avec une vidéo sur l'auteur

Il est intéressant - et nous pouvons le faire au travers de cette série de chroniques - de voir ce qui différencie un poète d'un philosophe dans sa lecture de Bachelard. La lecture de Michel Capmal ou de Françoise Ascal, tous les deux poètes, sera différente de celle de Marly Bulcão qui est philosophe. Pour cette dernière, elle sera opératoire, elle sera attentive aux concepts forgés par Gaston Bachelard pour poursuivre la réflexion sur la science ou l'imagination. Pour les deux premiers, elle sera plus liée aux intuitions qui s'en dégagent afin de mieux orienter la rêverie et l'écriture.
Profondément attachée à la terre, à la relation forte avec le monde qui en découle, Françoise Ascal ressent comme une perte, cette montée du virtuel qui envahit peu à peu des pans entiers de nos existences. Elle a et aura des conséquences sur la poésie elle-même car elle risque de la mettre en danger, si nous ne gardons pas en nous l'attitude bachelardienne qui nous relie à des énergies primordiales dont nous ne pouvons nous passer pour donner de la force aux mots et aux images.
Pour conclure, je propose cet extrait du livre qui nous en donnera l'orientation et je l'espère l'envie de le lire tout entier : "En France, aujourd'hui, nombreux sont les poètes qui cultivent une langue volontairement neutre, se défient des adjectifs et des images. Ce n'est pas ma voie, non par souci de résistance, mais par nécessité intime. Ce vocabulaire que je m'efforce de rendre aussi précis que possible est celui d'une conquête. Appropriation d'une langue manquante, trouée dès l'origine par la pauvreté et le silence des miens.
Chaque mot gagné sur l'ordinaire de l'enfance ouvrait une fenêtre, accroissait l'espace et la conscience. Ainsi, leçon merveilleuse furent les mots de métiers utilisés par mes parents, échappant à l'étroitesse ambiante : le vocabulaire de la couture, des tissus, des modes de façonnage, celui du jardinage, des techniques et outils, celui des variétés de fruits et légumes. C'est par là que la poésie est entrée en moi, à mon insu, et au leur."
Complément :
- le livre sur le site de l'éditeur avec une vidéo sur l'auteur


