C'est toujours un bonheur de découvrir une poésie venue d'ailleurs, en l'occurrence des États-Unis, qui élargit notre horizon en nous entraînant dans des univers à même de stimuler notre imaginaire et notre sensibilité.
Tel est le cas de la poésie de Rosanna Warren, dont le livre De notre vivant, traduit de l'américain par Aude Pivin, propose en édition bilingue un ensemble de poèmes publiés dans différents recueils entre 2003 et 2019.

Rosanna Warren est née dans le
Connecticut en 1953. Elle a publié à ce jour 7 recueils de poèmes chez WW
Norton & Co. Membre de l’Académie Américaine des Arts et des Lettres, elle a reçu plusieurs prix de poésie et ses poèmes sont régulièrement publiés dans le New Yorker. Elle est également traductrice et professeure émérite de
littérature américaine et étrangère à l’Université de
Chicago. Dans sa bibliographie en prose, je retiens son livre Max Jacob a life in art and letters, biographie de 720 pages parue en 2020, qui nous ramène cette fois vers des périodes et des terres de création qui nous sont familières.
Le choix de poèmes qui nous est donné à lire, se présente comme une mosaïque dont les éclats ont été collectés au fil du temps dans la vaste géographie qu'a arpentée l'auteure. Sans qu'elles soient nommées, on devine les villes de La Nouvelle-Orléans, de Berlin ou encore de Paris. Il y a aussi New York d'où est observée une éclipse entre les tours de Manhattan. Mais le décor n'est pas seulement urbain, la nature est aussi célébrée, il faudrait dire plutôt les éléments quand ils sortent de leur quiétude pour nous provoquer. La rivière est en crue, le vent emporte tout sur son passage, le feu sature l'espace de fumée. Le règne animal, lorsqu'il est évoqué, apporte lui aussi sa contribution à la perception d'un monde en turbulences. Sur l'étal du magasin, ne reste que le cœur sanguinolent d'un poisson qui pulse encore. En forêt, les coyotes sont en pleines bacchanales nocturnes.
L'écriture de Rosanna Warren est toute en sensibilité, sachant transcrire au plus juste et sans fioriture ce que ses sens mêlés à l'émotion lui ont dicté. Chacun des poèmes, au-delà du contexte évoqué, s'inscrit dans une interrogation existentielle. Dans Questionnaire pour Bernard Chaet elle pose la question : "Une cicatrice peut-elle émettre de la lumière ?" et dans l'hommage au peintre Bonnard qui conclut le recueil, elle termine à propos de son modèle par ces vers : "Elle essaie de se laver/Elle tremble de/froid. Elle a compris/que jamais, dans cette vie, elle ne sera propre.".
Complément :

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