Des hauteurs de la Provence s'envolent pensées et créations d'aujourd'hui

samedi 20 septembre 2014

Poésie, Littérature & Théâtre

Je profite de cette rentrée pour annoncer les prochains spectacles de Zygmunt Blazynsky qui sont une illustration des relations que continuent à entretenir encore la poésie et la littérature avec le théâtre malgré le pilonnage quotidien des médias visant à occuper nos cerveaux avec du vide, du superficiel, de l'inutile et de l'éphémère.



Rainer Maria RILKE
(1875-1926)


   Rainer Maria Rilke est incontestablement – avec Goethe – le plus illustre poète de langue allemande et l’un des rares poètes du XXème siècle a avoir atteint la célébrité universelle.
   Né à Prague, mort en Suisse, il vécut en exilé volontaire, sans adresse fixe, sans attache, sans emploi, sans biens matériels et fut peut-être l’un des derniers grands vagabonds d’une Europe qui brûlait des ultimes feux d’une civilisation aujourd’hui disparue.
   De la Russie d’avant la Révolution à la Vienne de la Sécession et au Paris du XXème siècle, de la communauté villageoise et artistique de Worpswede aux palais de Venise et à la solitude du Valais, ami de Rodin et de Valéry, il sera de chambres d’hôtels en châteaux, protégé par des égéries comme Lou Andreas-Salome et des mécènes comme Marie de la Tour et Taxis, ne recherchant au fond, dans le monde et en lui-même, que l’absolu de la poésie.

LES CAHIERS de MALTE LAURIDS BRIGGE.

   Les Cahiers de Malte Laurids Brigge annoncent un autre monde et une autre écriture « un livre inclassable ».
   Lorsqu’on cite les grandes œuvres romanesques qui ont marqué les XXème siècle, on omet généralement Rilke et les « Cahiers de Malte Laurids Brigge » cela tient sans doute à un titre inhabituel pour un roman, mais aussi à l’image de Rilke comme le poète lyrique par excellence, laquelle accrédite l’idée que ces « Cahiers » ne seraient qu’une confession personnelle à peine déguisée. Ils sont pourtant moins autobiographiques que « La Recherche du Temps Perdu ! » Enfin, leur auteur en a parlé comme d’un « tiroir de papiers en désordre », discréditant ainsi lui-même leur savante composition, qui lui a pris plusieurs années en dépit de sa célèbre « facilité ».

LE LIVRE de LA PAUVRETÉ et de LA MORT.

   « Le Livre de la Pauvreté et de la Mort » est la troisième partie d’une œuvre poétique : « Le Livre d’Heures ».
   Au début du siècle Rilke annonçait à ses correspondants des « prières ».
   C’était d’abord « Le Livre de la Vie Monastique », qui émanait du spectacle des Laures que la Russie lui avait offert. Dans « Le Livre du Pèlerinage » il évoque les longs cheminements aux pieuses haltes de «  ce pays qui s’arrête à Dieu »
   Après l’expérience de la ville, c’est-à-dire de Paris, le cycle du « Livre d’Heures » est enfin clos. Or Rilke avait vécu à Prague, sa ville natale, à Munich, à Vienne, à Berlin… mais c’est Paris qui lui a fait entendre la note terrible de la grande ville.
   Quant au « Livre de la Pauvreté et de la Mort » (1903) qui ne se comprend qu’en liaison avec l’expérience parisienne, il peut être considéré comme « LE LIVRE DE LA FRANCE ».


Du 27 septembre au 2 novembre 2014
Uniquement les samedis à 20h30 et les dimanches à 16h30
CRYPTE du MARTYRIUM saint DENIS
11 rue Yvonne Le Tac – 75018 Paris – Métro : Abbesses ou Pigalle
Participation aux frais : 10,00 €
Réservations : 01 42 23 48 94 
Mail : zygmunt.blazynsky@wanadoo.fr

*


LE PAUVRE D’ASSISE
de
Nikos KAZANTZAKI


   En février 1924, Nikos Kazantzaki quitte Berlin, une ville en pleine crise économique et sociale, où règne la misère et le désarroi. Très influencé par ce contexte, ses recherches spirituelles et ses rencontres, il rédige « Ascèse, Salvatores Dei ». Il exprime toute sa philosophie, ses idées métaphysiques. On peut considérer cette période de la vie de Nikos Kazantzaki comme « révolutionnaire ».

     Imprégné de révolte, de recherches spirituelles et de justice sociale, il arrive en Italie. Au cours d’un voyage à Assise, il est bouleversé par sa «rencontre » avec Saint-François. D’autres voyages-rencontres auront lieu qui aboutiront à la rédaction d’un livre intitulé en grec, « Le Petit Pauvre de Dieu » ou en français, « Le Pauvre d’Assise ».

     Au cours de ce premier séjour à Assise, il fait la connaissance de Johannes Joergensen, écrivain danois et auteur d’un livre sur Saint-François. En 1951, Kazantzaki le traduira en grec. Ce livre aujourd’hui fait autorité dans les milieux chrétiens en Grèce.

     Le deuxième voyage à Assise a lieu en 1926. Kazantzaki était venu commémorer avec les Italiens le 700ème anniversaire de la mort de François. L’Italie de Mussolini avait fait de ce jour un grand jour de Fête Nationale. Kazantzaki est choqué, car il ne voit aucun rapport entre Saint-François et l’Italie fasciste.

     L’été 1952, il visite à nouveau l’Italie et s’arrête à Assise pour la 3ème fois.

     C’est à Assise que l’idée lui vient d’écrire un livre sur Saint-François.

     En septembre 1952, il écrit d’Antibes à son traducteur suédois Knös :

     " J’ai vu de très belles choses en Italie, je me suis beaucoup réjoui, et j’ai beaucoup réfléchi et à Assise j’ai vécu de nouveau avec le grand martyr et le héros que j’aime tant : « Saint-François » Maintenant je suis pris du désir d’écrire un livre sur lui. L’écrirai-je ? Je ne sais pas encore. J’attends un signe et alors je le commencerai."

     En juin 1953, hospitalisé à Paris, il pense à nouveau à Saint-François.

     " Dans le délire de la fièvre, je croyais voir Le Poverello se pencher sur moi. Pendant mes nuits d’insomnie il venait, s’asseyait à mon chevet et me racontait sa vie, comme une vieille nourrice…"

     Après sa maladie, il commence à écrire ce livre, terminé en 1954. il l’a dédié au docteur Albert Schweitzer, « Le Saint-François de notre époque » comme il l’appelle.


du samedi 15 novembre au dimanche 21 décembre 2014,
uniquement les samedis à 20h30 et les dimanches à 16h30
 Crypte du Martyrium saint Denis – 11 rue Yvonne Le Tac – 75018 Paris Métros : Abbesses ou Pigalle

RÉSERVATION : 01 42 23 48 94 
-  Participation aux frais : 10,00 €
E-mail : zygmunt.blazynsky@wanadoo.fr

samedi 13 septembre 2014

Maria do Sameiro Barroso, poète du Portugal

Ce n'est pas la première fois que nous accueillons un poète du Portugal dans ce blog. Déjà en juin 2010, je présentais Jaime Rocha dont le recueil Zone de Chasse a été récemment traduit en français. Au mois de juillet dernier, à l'occasion du festival des Voix Vives de Sète, j'ai eu le plaisir de faire la connaissance de Maria do Sameiro Barroso et de renforcer ainsi les liens avec une langue et une culture qui me sont chères.


Maria do Sameiro Barroso est née à Braga en 1951. Elle est poète mais aussi médecin, diplômée de Médecine et Chirurgie de l’Université de Lisbonne et chercheur dans les domaines de la médecine ancienne (histoire des femmes, histoire de la gynécologie et de l'obstétrique, lithothérapie ancienne). Elle est également diplômée en philologie allemande, ce qui l’a amenée à traduire La Flûte enchantée de Mozart en 2007 et des poètes comme Friedrich Schiller, Paul Celan, entre autres. Elle est par ailleurs vice-présidente du PEN Club Portugais et déléguée du Mouvement Mondial de la Poésie (World Poetry Movement) au Portugal.
Elle est l'auteure de trente recueils de poésie, traductions et essais publiés au Portugal et à l'étranger. On lui doit la coordination de plusieurs anthologies et événements culturels. Elle a remporté plusieurs prix de poésie, notamment le Prix International de Poésie "Parole Ibérique 2009", avec Une amphore à l´horizon. Son livre Poèmes de l’incomplétude de la nuit, publié par Editions Écritures (São Paulo, Brésil) en 2010, a fait partie des sept livres d'auteurs portugais sélectionnés pour le Prix Portugal Telecom 2011, au Brésil.

*

Voici trois poèmes extraits de O corpo, lugar de exílio / Le corps, lieu d'exil paru en 2013 aux éditions Castália qui a été traduit en français à l'occasion de la venue de Maria à Sète : 

 6.
O poema é inseparável do corpo,
exígua canção, poalha ancestral,
lugar de exílio,
em sua ignorância frágil, desmedida,
obstinada cicatriz,
vocábulo do ser, secreta medida,
diadema submerso, lua sedenta,
goivo de luz,
telúrica pulsão, chama incontrolada,
geminado ardor,

único porto a habitar a solidão interdita.

6.
Le poème est inséparable du corps,
petite chanson, poussière ancestrale,
lieu d'exil,
dans son ignorance fragile, démesurée,
cicatrice obstinée,
vocabulaire de l'être, mesure secrète,
diadème submergé, lune assoiffée,
giroflée de lumière,
pulsion tellurique,
flamme incontrôlée,
ardeur jumelée,

unique port pour abriter
la solitude interdite.


14.
Nada esqueço, nem o que fui,
nem o que sou.
Falta ainda uma rosa de luz,
quer seja concha, mimosa ou papoila,
boca, beijo ou coral.
Falta ainda uma canção para irradiar
a sombra.
Imensa é a escuridão dos frutos.

E o teu rosto que tomba, radioso,
no caudal azul das minhas mãos.

14.
Je n’oublie rien, ni ce que j'ai été,
ni ce que je suis.
Il manque encore une rose de lumière,
qu'elle soit coquille, mimosa
ou coquelicot,
bouche, baiser ou corail.
Il manque encore une chanson
pour irradier l'ombre.
Immense est l'obscurité des fruits.

Et ton visage qui tombe, radieux,
dans le flux bleu de mes mains.


22.
O meu corpo aguarda as aguarelas
dos teus olhos,
sobre telhados, chaminés.
Conto as horas, os dias, os minutos,
a recitar as harmonias improváveis,
pulsando nas estrelas.
Existe relva nas cidades,
existe algum verde nos teus olhos.
Existem pombos.
O teu olhar atravessa-me.

Tudo é sublime
no terno coração do asfalto.

22.
Mon corps attend les aquarelles
de tes yeux,
sur les toits, les cheminées.
Je passe les heures, les jours,
les minutes à réciter les harmonies
improbables,
pouls battant des étoiles.
Il existe du gazon dans les villes,
il existe un peu de vert dans tes yeux.
Les pigeons existent.
Ton regard me transperce.

Tout est sublime
dans le cœur tendre de l'asphalte.


(Traduction Julie-Cerise Gay)


Complément : 
- Maria do Sameiro Barroso sur le site Triplov


samedi 6 septembre 2014

Amitié et Fraternité en poésie

L'amitié est un thème qui est cher à ce blog. C'est même sous son signe qu'il s'est ouvert. L’École de Rochefort occupe aussi une place importante dans nos rubriques, tout comme Luc Vidal et ses éditions du Petit Véhicule qui en perpétuent l'esprit. Olivier Delettre participe aux côtés de Luc Vidal aux destinées des éditions du Petit véhicule où il a fait paraître en septembre 2012 un essai en deux tomes intitulé De l'amitié et de la fraternité à l’École de Rochefort. A l'origine travail universitaire, cette recherche s'en est affranchie pour nous proposer en cinq temps une analyse des plus fines et des plus fouillées de ce qui constitua le fondement même de la relation entre les poètes de Rochefort.


Le premier tome présente les trois premiers temps intitulés respectivement : Au début de l’École de Rochefort, La correspondance et L'amitié et la fraternité en poésie. Après avoir présenté le contexte politique et socio-culturel des années trente et quarante, Olivier Delettre s'intéresse aux initiateurs de cette aventure et se demande si Walt Whitman n'en serait pas le père fondateur. Il n'oublie pas bien sûr de rappeler les rôles joués par Max Jacob et Pierre Reverdy auprès des jeunes poètes de Rochefort. La partie concernant la correspondance la présente comme l'expression même de la fraternité à travers les échanges épistolaires de Cadou-Bouhier, Béalu-Cadou, Béalu-Bouhier, Bérimont-Bouhier-Cadou. Révélateur est le chapitre portant sur les disputes et réconciliations. Parmi les causes des disputes on trouve l'argent et les éditions, la susceptibilité des artistes ou encore l'engagement politique. Le troisième temps consacré à L'amitié et la fraternité en poésie s'attarde sur la place occupée par celles-ci dans l’œuvre et l'itinéraire des principaux protagonistes de Rochefort, à savoir : Marcel Béalu, Jean Bouhier le fondateur de l’École, Luc Bérimont, René Guy Cadou, Michel Manoll et Jean Rousselot. Elles sont ensuite envisagées par rapport à l'ensemble du groupe.


Le deuxième tome contient le quatrième temps intitulé Les illustrateurs ainsi que le cinquième Les proses des écoliers. La partie sur les illustrateurs permet de parler du peintre Roger Toulouse à qui l'on doit les portraits des poètes de l’École, celui de René Guy Cadou reste le plus popularisé. Sont aussi évoqués Yves Boré-Mahé et Guy Bigot. Enfin dans le cinquième temps, Olivier Delettre se penche sur les romans de Jean Rousselot, Luc Bérimont, René Guy Cadou, sur leur tentation pour le roman social ainsi que sur leurs écrits autobiographiques et montre en quoi ils prolongent leurs positions poétiques.
Dans son avant-dire Luc Vidal a ces mots qui nous serviront de conclusion : "Être en fraternité, c'est vivre les épreuves de la vie en sachant que l'épaule de l'autre est prête à nous accueillir. La fraternité et son corollaire l'amitié demandent que l'on s'arrête à un rendez-vous non prévu (offrande de paix) pour prendre le temps de l'écoute réciproque. Cet essai De l'amitié et de la fraternité à l’École de Rochefort raconte avec brio comment cette histoire fut réellement vécue par ces poètes. C'est pour cela que cette aventure poétique est si vive dans notre présent".

Complément :
- Le livre sur le site de l'éditeur.