Des hauteurs de la Provence s'envolent pensées et créations d'aujourd'hui

samedi 5 septembre 2020

Le souvenir de Saint-John Perse

Le 20 septembre prochain, nous commémorerons le quarante-cinquième anniversaire  de la mort de Saint-John Perse. A cette occasion voici deux documents pour lui rendre hommage. Le premier concerne son installation en France, au retour de son exil aux États-Unis. Ses amis américains lui avaient offert une propriété sur la presqu'île de Giens, au bord de la Méditerranée. C'est là qu'il terminera son existence :

Le deuxième nous fait entendre le discours qu'il prononça à Stockholm en 1960 lorsque lui fut remis le prix Nobel de littérature. Entre poésie et philosophie, c'est toute la puissance de son art que le poète diplomate nous fait partager :


Complément :

- Le site de référence pour mieux connaître Saint-John Perse et son œuvre.


samedi 1 août 2020

Confinement à Santa Teresa

J'ai déjà eu dans ce blog l'occasion de parler d'Ivan Frias, médecin et philosophe brésilien. Son pays a été très touché par la pandémie causée par la Covid-19. C'est à Rio de Janeiro, sa ville natale, qu'il a vécu le confinement. Il lui a inspiré le texte que nous présentons aujourd'hui. Celui-ci est précédé par une chronique sur Santa Teresa, le quartier où il habite. Elle prolonge en français Suburbanas Memórias,  un ouvrage récent paru en portugais dans lequel Ivan Frias évoque avec poésie et nostalgie le Rio de son enfance et de sa jeunesse.

SANTA TERESA


"Où est le tramway qui passait par ici ?", Ai-je lu aujourd'hui sur une pancarte accrochée dans la rue d'Orient.
J'y passais presque tous les jours quand je marchais depuis la place du Curvelo jusqu'à la place das Neves. Souvent le tramway arrivait et le conducteur s'arrêtait, une invitation à sauter sur le marche-pied. Je remerciais pour le transport, mais je continuais ma marche. En cours de route, quelque part se trouvait celui qui entretenait les rails. Il portait une boîte avec les outils les plus étranges. Il était infatigable. Et comme il prenait son métier au sérieux ! Je me souviens de son air timide et de son regard serein.
Nous étions dans les années 80. Santa Teresa était un quartier calme et résidentiel. C'était un vrai régal de pouvoir se promener le long de ses pentes et d'observer ses maisons centenaires.
Il y avait des boulangeries, des épiceries, des boucheries,  une mercerie, une quincaillerie, un barbier, des salons de coiffure, des magasins de produits naturels, un grand marché tous les vendredis, une demi-douzaine de bars. Deux hôtels qui accueillaient les divorcés. Des écoles.
Je suis étonné quand je me souviens de tout ce qui n'existe plus. Le quartier a progressivement changé. Les écoles ont fermé. Les rues, sans les enfants, sont devenues plus tristes. Presque tous les commerces du quartier ont disparu et la vie paisible a cessé d'exister.
La violence présente dans toute la ville a grimpé la colline. Et elle a chassé beaucoup de gens, qui sont allés se réfugier dans d'autres quartiers. Les maisons ont été mises en vente et transformées en petits hôtels par leurs nouveaux propriétaires. L'épicerie est devenue un bar, la boulangerie est devenue un bar, la mercerie est devenue un bar. Et les anciens cafés sont maintenant de petites boutiques avec des babioles.
Où est le tram ? Où est la fanfare Bola de Ouro qui accompagnait le groupe de danseurs de frevo (1) Escorrega no trilho (2) ? Ils se produisaient à n'importe quel moment de l'année dans ce temps où il n'y avait pas de carnaval à Santa Teresa.
Aujourd'hui, le quartier est touristique. Des gens arrivent de toutes les parties du monde. On l'appelle le « Montmartre carioca ».
Ça doit être l'enfer de vivre à Montmartre..

(1) - Dance brésilienne.
(2) - Escorrega no trilho : allusion humoristique au fait de glisser en passant sur les rails. 

*
LE CONFINEMENT


La maison aujourd'hui est devenue mon monde. Où mes rêves sont éparpillés. Chacun de ses recoins, chacun des objets qu'elle contient, porte une valeur symbolique. Ils rappellent une ville, un pays, autrefois visités. Des objets qui répondent aux besoins d'un refuge : des meubles fabriqués en bois de toiture et des sols usés par le temps - du bois ancien qui sert aujourd'hui de matériau pour une table, un lit, une armoire. Il y a aussi des objets décoratifs, des tableaux, des statuettes et une bibliothèque. Une maison avec de nombreux livres garde plusieurs petits mondes. Chaque livre est un hôte unique qui porte en lui les idées et les rêves de ses auteurs. À chaque lecture, nous pénétrons les idées et les rêves des autres. Rêver ensemble, entrer dans le rêve de l'autre, c'est voyager dans des mondes inconnus, voyager sans connaître la destination.
Aujourd'hui, la maison est devenue mon monde. Elle abrite toutes mes rêveries présentes et passées. Des rêveries qui naissent de la vision de ces objets symboliques accumulés au fil des années. Des objets qui portent avec eux des images de personnes et de lieux, qui rappellent des parfums et des saveurs ; représentations de désirs, de projets de vie.
La maison aujourd'hui est mon monde. Monde qui refait surface dans le confinement et qui renferme une dimension de liberté. La liberté de prendre possession du temps et de l'espace où la vie se réalise. Et dans le quotidien des petites choses, la vie simple gagne à nouveau en importance. Il faut alors sauver le savoir hérité de nos aïeux, et reconstruire le monde dans l'espace restreint du refuge.

La ville est morte !
                                          Rio de Janeiro, le 30 avril 2020
                                                           Ivan Frias

samedi 4 juillet 2020

Dire et chanter la poésie

Ce blog a déjà eu l'occasion de parler des relations de la poésie avec la chanson. L'an dernier, j'ai rendu hommage à Jean-Jacques Boitard qui a chanté les poètes des Cahiers de Garlaban. Je voudrais aujourd'hui présenter les magnifiques interprétations de Muriel Batbie Castell.


Disposant d'une solide formation musicale qu'elle a acquise dans plusieurs conservatoires (Toulouse, Narbonne, Montauban, Lorient) Muriel Batbie Castell maîtrise à merveille la musique ancienne, le chant baroque et le chant lyrique. Ses origines occitanes se sont ajoutées à ses talents pour approcher avec plus d'empathie encore la langue des Troubadours et la chanter. Mais elle n'est qu'une des composantes de la réalisation que nous présentons ici.


Son origine est un livre composé par Marie-Jeanne Verny et Norbert Paganelli qui s'intitule Par les chemins, florilège poétique des langues de France. Muriel Batbie Castell y a puisé un répertoire en occitan, en basque, en catalan, en breton, en corse et en alsacien qu'elle a ensuite dit et chanté seule sur scène. Ce CD en est le prolongement, avec cette fois un accompagnement à la harpe d'Anne-Claire Cazalet. Le livret qui le complète raconte cette belle aventure en même temps qu'il propose l'ensemble des poèmes choisis en version bilingue, langue source et traduction en français. Il commence par un texte d'un poète qui nous est cher : Lis alo de l'aucèu de Charles Galtier. Il est extrait d'un recueil que nous avions publié aux Cahiers de Garlaban. Merci Muriel d'avoir par votre voix rendu à la poésie sa dimension orale et de lui offrir ainsi des chemins qu'elle ne devrait jamais quitter.