Des hauteurs de la Provence s'envolent pensées et créations d'aujourd'hui

samedi 8 janvier 2011

L'imaginaire en couleurs de Cathy Bion

Cathy Bion est une photographe-plasticienne. Elle a sillonné les ports du monde, du Maroc à la Bretagne, du Portugal jusqu’à l’Australie, en empruntant des chemins de traverse. Dans les docks inondés de lumière, son oeil de peintre a traqué les couleurs et les matières, les traces du travail de l’homme en interférence avec celui des heures. Elle a pris le temps de s'attarder sur une nuance, une éraflure, une écaille de rouille, pour tenter d’en saisir l’essence et accéder à l’alchimie secrète des éléments. En ce sens elle s'est inscrite dans les pas de Gaston Bachelard dont ce blog a déjà célébré le parcours lumineux. Cathy Bion a d'ailleurs illustré il y a trois ans la couverture du livre que j'avais consacré au philosophe poète. Sous son regard prospecteur, les pigments et les textures se sont transformés en peintures abstraites, libres de toute interprétation. C'est ce qui fait toute l'originalité de l'artiste, de savoir peindre avec un appareil photo, de faire d'un cliché sans retouches une oeuvre qui célèbre la matière, réveille l'imaginaire et déclenche l'onirisme. Cathy Bion vient de rassembler dans un très bel ouvrage quelques unes de ses images qui sont pour l'occasion accompagnées de textes de critiques d’art ainsi que d'une préface graphique du dessinateur Loustal.

Compléments :



- Le livre Gaston Bachelard ou le rêve des origines dont Cathy Bion a illustré la couverture.

samedi 1 janvier 2011

Être là

J'avais ouvert l'année 2010 avec un poème célébrant l'amitié, voici pour commencer 2011, un poème très court pour dire une manière d'envisager notre présence en ce monde. Il est extrait d'un recueil portant le même titre, paru en 1992 aux Cahiers de Garlaban, avec une illustration de couverture de Renée Mangot.



ÊTRE LÀ

Être là
dans l’épaisseur du monde
les mains ouvertes
le cœur en éveil

Être là
sans autre désir
que la source
sans autre dessein
que l’amour.

Jean-Luc Pouliquen


Compléments :

- Ce poème a été traduit en portugais et repris dans différents sites et blogs.


vendredi 24 décembre 2010

Les Noëls de Charles Thomas

De 1953 à 2002, le poète Charles Thomas a écrit chaque année un poème de Noël. Voici présenté aujourd'hui celui qu'il a écrit le 24 décembre 1964 et qui a été publié dans son recueil Couleurs du silence paru en 1983 dans la collection "Les poètes de Laudes" dirigée par Jean Vuaillat. Par la suite la plupart de ses poèmes seront regroupés dans le recueil Noël de mes années et édités par les éditions Traces de Michel-Français Lavaur qui avait déjà publié de Charles Thomas L'arbre gardien et Au fur et à mesure. Présenter ce poème est pour moi une occasion de rendre hommage à celui qui m'a encouragé à mes débuts et qui a participé à la création des Cahiers de Garlaban. Originaire du pays nantais, Charles Thomas avait fréquenté les poètes liés à René Guy Cadou et à l'Ecole de Rochefort, avait été proche aussi d'Hélène Cadou et c'est par lui, à la suite de son installation à Marseille, que cette poésie de l'Ouest avait été mieux connue sur nos terres du sud. Charles Thomas était né en 1915, il est mort le 31 décembre 2008. Si la poésie a toujours nourri son existence, c'est sa vie sacerdotale qui l'a guidé en premier lieu. Elle l'a même conduit jusqu'à l'Angelicum, l'université des Pères Dominicains à Rome, où il a préparé son doctorat de théologie de novembre 1947 à juin 1949, avec pour condisciple, le futur Jean-Paul II.

NOËL 64

Quand les forêts violettes de l'Avent
font le même silence que deux mains jointes
les voix apportées par le vent
sont toutes des voix de prophètes.

O le ventre sacré de la Femme parfaite
mûrissant le Pain éternel !

Emmenés par l'étrange étoile
sur des chemins peu fréquentés
voici que nous allons vers un pays
où la table de Dieu est la table des pauvres.

Si par les rouges terres de l'Esprit
tu crois que l'heure vient encore.
mon enfant, mon ami,
crie de toutes tes forces :
Noël ! Noël !
pour qu'à la mitan de la Nuit
naisse la plus belle aurore.

Charles Thomas