Des hauteurs de la Provence s'envolent pensées et créations d'aujourd'hui

samedi 28 mai 2022

Lucienne Desnoues fabuliste

 Il y aura bientôt trente ans, c'était en novembre 1992, que nous avons publié aux Cahiers de Garlaban, un recueil de Lucienne Desnoues intitulé Fantaisies autour du Trèfle avec en couverture un dessin de Serge Fiorio. Lucienne Desnoues a quitté ce monde en août 2004, mais ses amis ne l'oublient pas et continuent de faire vivre sa poésie. Le recueil que viennent d'éditer les éditions du jais en témoigne.

Il s'agit ici vraiment d'un livre de ferveur et d'amitié, d'une initiative collective pourrait-on dire. L'éditeur Jacques Ibanès raconte à la fin de l'ouvrage sa venue en septembre 2002 à Montjustin pour y rencontrer Lucienne Desnoues. Il remercie Gérard Oberlé de lui avoir fait parvenir une photographie de sa fidèle amie Lucienne pour le quatrième de couverture. C'est grâce à sa fille Sylvie Mogin-Desnoues que la publication a pu se faire. Et puis il y a l'avant-propos d'André Lombard et la postface de Gérard Allibert, tous les deux liés à Montjustin et sa vie culturelle. Il faut enfin citer le nom de Frédérique Haüy pour ses magnifiques illustrations qui a su comme le note Jacques Ibanès : "être fidèle aux poèmes de Lucienne Desnoues tout en restant elle-même".

"Quand l'idée est venue à Lucienne d'écrire bien à sa façon, et peut-être à la file, cette douzaine de fables à contre-courant de celles de La Fontaine, on imagine facilement, à leur esprit, combien elle a dû dès lors s'amuser à propos de chacune en amont de leur rédaction définitive" commente André Lombard. On comprend alors d'autant mieux qu’Étalon Naïf soit l'anagramme de La Fontaine. "Il va de soi qu'il lui fallait donc avoir le plus parfait culot allié à une belle assurance pour réaliser ce tour de force littéraire, en relever haut la main le défi" poursuit André Lombard.

Le lecteur se délectera des fables Le Renard et le Corbeau, L'Agneau et le Loup, Les Raisins et le Renard, Le Bûcheron et la Mort, Le Pot au lait et la Laitière, Le Héron, La Fourmi et la Cigale, Le Roseau et la Chêne, La Tortue et le Lièvre, La Mouche et le Coche, La Cigogne et le Renard, Le Bœuf qui veut se faire aussi menu que la Grenouille qui nous prennent toutes à contre-pied.

Comme l'écrit Gérard Allibert dans sa postface : "nous voici invités à suivre le cours buissonnier d'une rivière en tresses. Le fil de l'eau des destinées de  chacun de ces animaux pensant y prend à tout coup un cheminement différent. Et voilà que leur succèdent inévitablement de nouveaux horizons".

Complément :

- Le livre sur le site de l'éditeur.


 

samedi 30 avril 2022

Nouvelles de France et de Turquie

En 2017, nous avions consacré plusieurs chroniques à l'action menée par Sevgi Türker-Terlemez pour faire connaître la poésie et la littérature turques en France et la poésie et la littérature françaises en Turquie. En 2019, nous avions présenté la Collection regards turcs qu'elle a créée avec Serpilekine Adeline Terlemez pour donner corps à cette action. Aujourd'hui nous sommes heureux de parler de son dernier livre qui vient de paraître dans cette collection.

Il s'agit d'un ouvrage de dix-neuf nouvelles choisies et auto-traduites par l'auteure à partir de son livre paru en langue turque en 2017 sous le titre Paris'Delileri (Les fous de Paris) et qui en contenait vingt-sept. En raison de l'adaptation culturelle et stylistique qui a accompagné le passage à la langue française, ces textes peuvent être considérés comme de véritables re-créations et non de simples traductions.

Dans sa préface Philippe Tancelin qui connaît bien l'univers de Sevgi Türker-Terlemez nous en dessine quelques contours : " Ce seront les villes d'Istanbul, Paris-Hopa, la Seine-le Bosphore et sur leurs berges : les amants de toujours, les pas encore amants, les presque amoureux, les passants clandestins et touristes apatrides, les souvenirs d'antan, les instantanés, les mémoires mêlées d'hier et de déjà demain... Parfois on aperçoit un peintre dont les toiles soudain s'interposent face au défi de l'image filmique et du témoignage vivant.... D'autres fois sous les neiges éternelles, on devine la percée des immortelles, dans la brume, la traversée des éphémères, au parc, l'insoumis d'une rencontre."

Tels sont quelques-uns des reflets que nous renvoient ces nouvelles, parfois longues, parfois courtes, toutes irriguées par une grande culture ainsi qu'une générosité et cette ouverture à l'autre qui leur donnent ce poids d'humanité si précieux par les temps que nous traversons.

Complément :

- Le livre sur le site de l'éditeur.

 

samedi 26 mars 2022

La reine de Saba - Un itinéraire spirituel

Au mois de novembre de l'année dernière sous la plume de Michel Capmal nous avions rendu compte du livre de Monique Marta consacré à Marie-Madeleine et Hildegarde de Bingen. Monique Marta a poursuivi depuis ses recherches sur les grandes figures féminines de la spiritualité et nous propose aujourd'hui un ouvrage sur la reine de Saba.

 


 Dans l'avant-propos Monique Marta nous confie que ce livre est : "d'une part, une invitation à rêver ; d'autre part, une invitation à réfléchir sur les notions de "sagesse", "philosophie", "religion", "spiritualité"... Autant de notions qui s'éclairent dans la lumière du mythe."

Dans la préface qui suit, Frédéric Déchaux précise : "il ne s'agit pas de retracer la biographie de cette reine selon les canons de la recherche historique, ni d'énoncer des théories philosophiques à partir de son évocation dans la Bible, mais plutôt de se demander en quoi l'histoire de cette femme peut inspirer en soi-même une démarche spirituelle". Il présente ensuite les trois parties du livre. 

La première est l'histoire de la reine de Saba et de sa rencontre avec le roi Salomon imaginée sous la forme d'un conte dont on appréciera la dimension poétique. Le récit est entrecoupé de citations extraites de la Bible (Les Proverbes, Le Cantique des Cantiques, Le Livre des Rois). Il se termine par cette phrase hélas toujours d'actualité : " L'homme, s'il est un homo religiosus, est aussi un homo belicans ".

La deuxième partie a pour sous-titre Un chemin vers la sagesse. Monique Marta y approfondit la notion de sagesse, qualité qui fut attribuée au roi Salomon. Elle a recours pour cela aux auteurs, anciens comme modernes, qui se sont intéressés à la reine de Saba. Ils ont pour noms Hérodote, Homère, Flavius Josèphe mais aussi Flaubert, Nerval, Malraux ou encore Jean Grosjean. Elle conclut de son étude que : "la sagesse de Salomon n'est pas une philosophie" mais plutôt une religion car elle repose "d'une part sur la croyance en Dieu, d'autre part sur le respect des commandements".

La troisième partie est sous-titrée Une quête spirituelle. C'est Gérard de Nerval qui en est le fil conducteur. Monique Marta s'est intéressée à lui parce que, à la différence des autres auteurs cités : " sa vision du mythe nous ouvre d'autres horizons et répond à la dernière phrase  de l'évangile de Luc - "il y a ici bien plus que Salomon"- d'une façon originale, inattendue et riche de sens".

Avec ce livre aux multiples entrées sur la reine de Saba, Monique Marta nous confirme, si nous en doutions encore, que la poésie est bien un exercice spirituel.

Complément :

- Le livre sur le site de l'éditeur.