Des hauteurs de la Provence s'envolent pensées et créations d'aujourd'hui

samedi 25 décembre 2021

En souvenir de Gilberte Reboul

 Je voudrais terminer l'année avec une pensée pour Gilberte Reboul qui nous a quittés le 27 mai dernier au terme d'une belle et longue existence qui avait commencé en 1916. Elle était l'épouse du grand poète occitan Jòrgi Reboul qui a tant compté pour moi et que ce blog a plusieurs fois célébré. Gilberte et Jòrgi s'étaient rencontrés en 1938 à l'Auberge de Jeunesse d'Allauch et s'étaient mariés l'année suivante, deux mois avant la déclaration de guerre. Après la mort de son mari en 1993, je suis resté en contact épistolaire avec Gilberte Reboul et j'admirais les années passant la maîtrise conservée de son écriture qui véhiculait toujours un message d'ouverture d'esprit et d'espérance. Nous nous étions vus à Marseille et à Trets du temps où je préparais l'édtion de Mesclas avec Jòrgi Reboul. Nous nous sommes revus ensuite par deux fois à Septèmes-les-Vallons pour les colloques qui furent consacrés à l’œuvre et à l'action de son mari. La dernière fois en 2013, elle était entourée de sa fille Sylviane et de son fils Gérald à qui j'adresse toute ma sympathie. Pour lui rendre hommage voici le poème en occitan que lui dédia Jòrgi Reboul et que l'on trouve dans son recueil Chausida. L'adaptation en français est de Jean Malrieu.

Gilberte Reboul à Septèmes-les-Vallons, le 2 février 2013
 




A GIL

A te croire si c'en est trop
pour un être comme le tien
que je disperse la cendre
qui cachait la vertu du feu

Si s'est ouverte une fenêtre
vers des versants inconnus
et si   au rythme d'une joie
close en tes hanches   tu vas vers

cette nécessité dressée
qui partage ton cœur en deux
si s'exalte ton âme prompte
d'une soif verte de fontaine

c'est que ta vie s'est révélée
Donne ta main   Ouvre la porte
Multiplie les fruits aux buissons
tes peines ont gagné le large

Mais pour que l'élan retenu
vienne de moi   vers tes raisons
en secret   garde le seul signe
qui libère de la prison


PER GIL

S'es tròp   au dire de ton entendre
per una fusta coma tu
qu'esparpalhi un moment lo cendre
rescondèire de vertut

s'una fenèstra si destanca
vèrs de pendis que sabiás pas
e se   galòia dins teis ancas
davalas d'un ritme aicita recampat

vèrs aquò necite que monta
per despartir ton còr en dos
se t'afogas amb ton arma prompta
per beure au vèrd d'aquela fos

es que rescòntras una fes ton ora
Balha la man   vira la clau
ai bartàs vai chabir d'amoras
tei patiments son plus d'esclaus

E se vòs qu'aiçò    modèst e digne
venga de ieu   per tei rasons
garda au secrèt lo simple signe
liberator de la preson   
 

 Jòrgi Reboul

 

samedi 20 novembre 2021

Marie-Madeleine et Hildegarde de Bingen

Nous avons déjà eu dans ce blog l'occasion de présenter Monique Marta à la fois au travers de sa revue Vocatif et de sa poésie. Aujourd'hui nous sommes heureux de parler de son dernier livre avec le beau texte que lui a consacré Michel Capmal.


Et Dieu créa la femme…

Monique Marta a publié cette année 2021 : Marie-Madeleine – Hildegarde de Bingen. Dans le miroir de Dieu aux éditions Unicité. Un livre de près de 180 pages avec une préface pleine d’empathie de Joëlle Guatelli-Tedeschi. Et aussi un avant-propos, une introduction et une postface de l’auteur qui, dans le vif du sujet, nous invite à aller à la rencontre de deux femmes d’exception. Entre deux époques de l’histoire du christianisme, à plus d’un millénaire de distance ; de la fin du monde antique et de la ferveur messianique et fondatrice en « terre sainte », et de la mystique rhénane au XII° siècle. Une rencontre sur un « chemin lumineux » que nous commencerons à suivre avec les mots mêmes de Monique Marta ; qui a souhaité que le lecteur entre dans son ouvrage « avec une certaine disposition poétique, une capacité d’émerveillement… »

« Mon chemin spirituel (…) m’avait surtout menée sur les traces de Marie-Madeleine, la femme aimée du Christ ; celle qui, la première, le découvrit au tombeau et qui, (…) alla porter la Bonne Nouvelle ; d’abord aux disciples du Maître, puis jusqu’en terre provençale, de l’autre côté de la Méditerranée. Marie-Madeleine nous met dans la proximité du Christ. Hildegarde nous met face à la Divinité. (…) Marie-Madeleine nous ramène aux origines du christianisme, quand celui-ci n’était constitué que d’un petit groupe de femmes et d’hommes, disciples d’un rebelle, Jésus, qui fut condamné et crucifié par Rome. Pour Marie-Madeleine - les documents historiques étant limités, juste quelques passages dans les Évangiles canoniques et des fragments dans l’Évangile apocryphe de Marie - nous avons pris le parti (…) de faire appel à la légende. (…) Légende de cette barque, sans rames, ni voile, ni gouvernail, qui, avec d’autres disciples, la porta jusqu’aux côtes de Provence. (…) Jusqu’au Plan d’Aups, dans le massif de la Sainte-Baume. Un site privilégié, un lieu où souffle l’esprit. Toute légende possède en soi une part de vérité. (…) Et d’imaginer un certain type de vie, correspondant au tempérament de cette disciple du Christ, au premier siècle de notre ère. (…) Marie-Madeleine est dans l’atemporalité de l’amour.

Hildegarde est femme du XII° siècle – le Palatinat du Rhin - lorsque le christianisme est devenu, depuis longtemps, religion d’État, qu’il est constitué en Église et que, selon les idées du temps, hors l’Église point de salut. Prophète, visionnaire, compositrice, architecte, orateure, brillante épistolière, naturopathe avant l’heure (sa culture médicale provenant d’un savoir ancestral) et mystique, elle courait toutefois le risque d’être taxée d’hérétique ou de folle ; soignant par les plantes, les pierres, les animaux, elle pouvait être taxée de sorcière… Les écrits d’Hildegarde, théologienne, nous plongent dans le mystère de la Création. Une véritable cosmogonie.

Marie-Madeleine-Hildegarde, deux femmes donc que tout oppose, en dehors de l’amour du Christ, au service du Christ et des hommes. (…) Deux femmes qui dérangèrent, parce que, d’une manière ou d’une autre, elles redisaient l’enseignement du Christ. (…) Deux femmes qui osèrent s’exprimer dans un contexte où la femme était en général dénigrée, comme inférieure et soumise à l’homme. »

A défaut d’une analyse critique suffisamment développée – ce sera pour plus tard et ailleurs – j’ajouterai quelques remarques (personnelles) qu’il me faudra laisser provisoirement en suspens.

Un tel ouvrage devrait d’abord intéresser ou interpeller nombre de chrétiens catholiques, surtout dans la conjoncture actuelle, et peut-être, pourquoi-pas ? le prochain synode prévu en 2023. Mais aussi, et tout autant, quelques-uns et quelques-unes de celles et ceux qui alternent, en quelque sorte, entre athéisme radical et agnosticisme ; celles et ceux en quête de sens, comme on dit aujourd’hui dans ce monde nous apparaissant toujours plus insensé. Et qui, celles et ceux-là ayant la folle prétention de penser par eux-mêmes, se seraient bricolé une sorte de métaphysique portative. Pour un sens du sacré à retrouver hors les murs dogmatiques de l’Église institution qui affronte, en ce moment, une nouvelle crise de crédibilité.

Mais aussi en quête, telle une nécessité vitale, du sens élémentaire – élémenterre - de toutes choses, du sens de l’existence et de la vie même. La vie, si terriblement bafouée, revenant vers nous comme ce qui a de plus sacré ; la vie en instance de reprendre tout son sens. Par « le spirituel charnel » pour parler comme Péguy, par « la tentation de sainteté » pour reprendre le titre d’un livre du regretté Frank Venaille. Par le retour de cette sentence de Rabelais : « science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Étant donné que «  renier la beauté du monde, c’est pécher contre la lumière. » Ainsi que le clamait avec ferveur le non moins regretté Xavier Grall. Et malgré l’ère de grande confusion et falsification dans laquelle nous voici comme emprisonnés ; nous qui aurons vu l’incendie de N.D. de Paris. Amour et Haine devenus énergies redoutables et erratiques, recyclées dans l’épouvantable barnum idéologique de la marchandisation totalitaire. Par la volonté de vivre au croisement de l’immanence et de la transcendance.

Et sans ignorer que Hildegarde de Bingen, la Sybille du Rhin, si elle a été contemporaine des deux premières croisades et de l’hérésie cathare qu’elle a combattue, a aussi été celle du « schismatique » Arnaud de Brescia, élève et défenseur d’Abélard, figure majeure du mouvement communal de Rome, proclamant que l’Église devait renoncer aux biens matériels et aux pouvoirs, et revenir au Message de l’Évangile ; et qui fut pendu et brûlé en 1155.

Une pensée reconnaissante, et affectueuse, pour Marie-Madeleine, qu’on a dit « prostituée », et qui a ainsi démontré que la pureté du cœur va bien au-delà de la pureté ou de l’impureté du corps. Mais qu’il importe, encore et toujours, pour nous autres animaux humains, d’accomplir la spiritualisation de la matière et la matérialisation de l’esprit, afin que l’âme retrouve présence dans notre vie de chaque jour.

Ainsi, on regardera avec bienveillance et affection ces quelques vierges folles qui courent avec les loups, certaines belles anorexiques, certaines « putes » qui en savent bien plus que beaucoup de bien-pensants sur « la nature humaine », et toutes celles qui ont le courage de se vouloir femmes libres et nous disent avec grande et sensible intelligence (et sans embrigadement dans un néo-féminisme surmédiatisé) que la chair (pour ne pas être « triste ») peut être aussi une voie du divin ; et que nous avons un devoir d’incarnation sur Terre. Et que le sens du sacré c’est aussi le sens de la Terre. Et que la Terre appelle ! Elle, la rêveuse étoile qui ne veut pas mourir. Et qui nous rappelle à l’entière plénitude du moment présent. 

Et si « Dieu créa la femme » avec sa « puissance à jamais invaincue » ce fut pour le don absolu ; non pas sacrifice mais sophia. Et parce qu’elle porte, dans l’ombre de Lilith, le secret des forêts profondes, détruites et pourtant toujours présentes dans la chair et l’âme humaine. Du soleil invaincu à Christos, une énergie cosmique en chacun de nous. Seule la haute poésie pourra dire la Parole. Parole terraquée, de feu et de vent. Afin de ranimer, en cette basse époque, une unité vivante et primordiale que l’on disait perdue.

                                                                Michel Capmal

                                                                  Octobre 2021. 

Complément :

- Le livre sur le site de l'éditeur. 



samedi 23 octobre 2021

De la critique littéraire au roman policier

 Au mois de mai dernier nous avions rendu compte du roman Le lavoir au lézard bleu de Javier del Prado Biezma, universitaire et grand spécialiste de la poésie française. Celui qui signe Carton jaune à Roscoff sous le pseudonyme de Christian-François de Kervran est également un spécialiste des poètes et écrivains français, en particulier de Tristan Corbière, Max Jacob et Henri Queffélec. Comme Javier del Prado Biezma, il a franchi le pas, s'est éloigné un temps de la critique pour aborder la création littéraire, dans le cas présent en choisissant le roman policier. 

La critique littéraire ne sera pourtant pas absente du livre qui fourmille de références mais servira de toile de fond à une intrigue construite avec maîtrise et humour. Il sera bien sûr question de Tristan Corbière en sa patrie de Roscoff, mais aussi de Max Jacob où encore de Louis Guillaume, poète ayant appartenu à L’École de Rochefort. On l'aura compris le cadre géographique du roman est la Bretagne où vit l'auteur la majeure partie de l'année et qu'il décrit avec finesse.

La critique littéraire sera aussi envisagée comme un milieu, principalement universitaire, qui sera dépeint sans concessions. Il ne sera pas le seul à être abordé. Le roman nous conduira également parmi les bikers et leurs grosses cylindrées, les adeptes de matches de motoball et les combats de MMA, ces pugilats violents mêlant boxe et lutte corps à corps.

Il nous l'apprend à la fin de l'ouvrage, c'est à Cerisy-la-Salle, au "château des colloques", qui a pris le relais après la Deuxième guerre mondiale de l'abbaye de Pontigny et de ses fameuses Décades dont nous avons déjà eu l'occasion de parler dans ce blog, que l'auteur a eu la révélation du nœud de son intrigue.

Au lecteur maintenant de suivre le commissaire P.-S. G. et son second Filibuth pour savoir qui a tué un soir d'hiver la brillante universitaire canadienne Catarina Wright dont le corps dissimulant un carton jaune a été retrouvé près de la chapelle Notre-Dame de Croaz-Batz à Roscoff.

Complément :

- Le livre de 146 pages est publié par les Éditions du Cornet à dés et vendu 8 € l'exemplaire. Pour le commander, contacter par courriel : christianpelletier1@hotmail.fr


samedi 25 septembre 2021

Le journal d'André Lombard

 Nous avons déjà parlé d'André Lombard dans ce blog à propos de son livre Habemus Fiorio ! consacré à son ami le peintre Serge Fiorio disparu il y a dix ans. Depuis sa mort, André Lombard n'a cessé de multiplier les initiatives pour honorer la mémoire de ce grand artiste et a ouvert pour ce faire un blog qui lui est consacré. Parler de Serge Fiorio, c'était aussi évoquer ses amis et faire vivre une manière d'être au monde défendue par le peintre. Ainsi, peu à peu, les thèmes abordés par André Lombard se sont étendus, le passé est venu dialoguer avec le présent, un réseau de connivences et d'amitiés s'est tissé. C'est de celui-ci dont l'auteur rend compte au jour le jour dans son dernier livre.

C'est une grâce de pouvoir être ancré dans un territoire géographique et culturel qui vous apporte en continue les stimulations nécessaires pour poursuivre le chemin et tenir le cap. Celui d'André Lombard se situe entre Luberon et Alpes de Haute Provence et son centre de gravité est Montjustin. Montjustin, c'est ce village devenu un haut lieu de culture et de création grâce à Lucien Jacques. C'est là que vivra de 1947 jusqu'à sa mort en 2011 Serge Fiorio, c'est là que séjourneront régulièrement Lucienne Desnoues et son mari Jean Mogin, le photographe Henri Cartier-Bresson. Et tout autour de Montjustin, dans une proximité géographique ou spirituelle, continuent de briller dans le cœur d'André Lombard, ces grands astres de la littérature, de la poésie et de l'art que furent Jean Giono, Serge Bec, Eugène Martel ou encore Maximilien Vox. Dans leur sillage bien d'autres noms font leur entrée dans son journal dont il nous livre en quatrième de couverture le secret de fabrication : "Mais à vrai dire, n'est-ce pas Hermès, dieu des chemins, des rencontres et de l'écriture, qui se charge de tout, en décide, et pour nous compose le livre ? L'auteur n'en étant peut-être bien finalement que le scribe ?".

Complément :

- Le livre de 210 pages est vendu 20€ + 5€ de port à commander à André Lombard, St-Laurent, 84750 Viens. 

Pour joindre l'auteur par courriel :  nolombard@gmail.com



 

samedi 21 août 2021

Le nouveau recueil de Joan-Pèire Tardiu

Joan-Pèire Tardiu est un ami de ce blog. Nous lui devons dernièrement une belle présentation des deux volumes de l’œuvre poétique complète d'Henri Espieux. Il y a plus longtemps il nous avait magistralement raconté l'histoire de la revue Oc dont il fut de nombreuses années le rédacteur en chef. En 2010, nous avions présenté son recueil de poèmes Les quatre routes / Las quatre rotas, nous sommes heureux d'en faire de même pour sa dernière parution.

Le livre est publié dans la collection "Le Tire-langue" de la revue À L'INDEX dirigée par Jean-Claude Tardif. Les poèmes sont en occitan avec une version française. Comme pour Las quatre rotas, c'est Denis Montebello qui s'est chargé de la traduction. On retrouve également dans le recueil un frontispice encre de chine de Krimo.

La disposition des mots sur la page, si caractéristique du style de l'auteur, "comme des constellations d'étoiles dans le ciel" disions-nous en 2010, est inchangée. Elle transcrit sa relation avec le monde qui l'entoure, intense et attentive à chaque élément qui le compose.

Le titre du recueil A LA PEIRALHA / Parmi les pierres nous met tout de suite dans le propos. L'auteur avance en pleine nature, près de la rivière toute proche, ses pas crissent sur ses graviers. Pour lui tout est présence : ajoncs, chardons, lierre, herbe, branches. S'y ajoutent le mouvement de l'eau et des nuages, le vent, la pluie, parfois l'éclair dans le ciel, le scintillement des étoiles. Les différentes heures de la journée, le passage des saisons viennent renouveler les perceptions.

Elles accompagnent la vie du poète, ses interrogations, ses espoirs et ses blessures. Mais la nature n'est pas seulement décor, elle peut, l'espace d'un instant, abolir le temps et délier le cœur :

lo cèl blanqueja e liura lo còr

Complément :

- Le livre est vendu au prix de 17 € à commander à l'Association "Le Livre à Dire", 11 rue du stade, 76133 Épouville.

 


samedi 24 juillet 2021

Le n°14 des Cahiers MAX ROUQUETTE

Nous avons déjà eu l'occasion dans ce blog de parler des Cahiers MAX ROUQUETTE. Nous sommes heureux aujourd'hui de présenter leur dernière livraison dont le sommaire est particulièrement riche et témoigne une fois de plus de l'étonnante fécondité des Lettres d'Oc, à la fois passée et présente.

On trouvera dans ce numéro trente trois poèmes inédits de Max Rouquette réunis sous le titre Las abelhas dau silenci. Signalons que Muriel Batbie Castell vient d'en mettre un en musique :

 On y découvrira aussi trois lettres de Jean Jaurès qui rappelleront combien pour le grand homme la réalisation des idéaux de la République passait par l'éducation, une éducation qui intégrerait pleinement les apports de la civilisation occitane.

Une partie du cahier rend hommage à tous ceux qui Nos an laissats récemment : les poètes Frédérique Jacques Temple (1921-2020), Jean-Marie Petit (1941-2020) et Claudio Salvagno (1955-2020), l'historien du catharisme Michel Roquebert (1928-2020), le chanteur Joan-Pau Verdier (1947-2020), l'artiste et militant René Duran (1942-2020) et encore Monique Bernat, Joseph Frayssinet, Marysette Tarlier.

Des études signées Jean-Frédéric Brun, Philippe Gardy, Roland Pécout, sont consacrées à l’œuvre de Jean-Marie Petit, aux amitiés suisses romandes, romanches et frioulanes de Max Rouquette, à une traversée de l'Histoire vue de Montpellier. Montpellier encore revivra dans ce numéro sous la plume de François Dezeuze qui laissa un journal écrit durant la guerre de 14-18.

La revue rend compte encore d'expositions et de parutions récentes. Dessins et aquarelles de J-S Pons, photographies de Georges Souche, peintures de Colette Richarme, ouvrages d'histoire, de philologie, de littérature, de poésie, de critique littéraire, essais ... signés Philippe Martel, Michaël Iancu, Frédéric Joly, Miguel Delibes, Silvan Chabaud, Monica Langobardi, Dominique Roques Ferraris, Miquela Stenta, Jordi Gros, Hervé Di Rosa, Claude Sicre ... apportant tous leur éclat singulier à la grande mosaïque occitane.

Elle accorde également une place à Max Rouquette, auteur de théâtre. Jean-Claude Forêt présente une mise en scène de sa pièce Médée par Jean-Louis Martinelli au Burkina Faso.

Tout en ne cessant de célébrer leur inspirateur, les Cahiers MAX ROUQUETTE continuent de l'accompagner d'une polyphonie qui ne fait que renforcer sa présence parmi nous seize ans après sa disparition.

Complément :

- La commande de ce Cahier n° 14 peut se faire directement sur le site de l'association : http://www.max-rouquette.org/cahiers ou en écrivant à :  Association Amistats Max Rouquette, 2 rue de l'Ancien Courrier, 34000 Montpellier. Le prix d'un Cahier est de 20 €



samedi 19 juin 2021

Un parc remarquable

Il est des lieux  qui nous aimantent. Tel fut le cas pour moi du parc Sainte Claire à Hyères dans le Var que j'ai fréquenté avec assiduité tout au long de l'année 2020. Il m'a inspiré un livre que j'ai souhaité accompagner de dessins du peintre Tony Fontana qui est également un amoureux de l'endroit et de ses environs. Michel Capmal que les familiers de ce blog connaissent bien m'a fait l'amitié de me transmettre ses premières impressions de lecture.

Ouvrir ce livre c’est aller à la rencontre d’un promeneur solitaire et en éveil qui nous invitera à partager une roborative déambulation dans le parc du château de la ville d’Hyères. « Le temps de sa balade, il ne serait plus soumis à cette abrasion quotidienne des esprits… » Une visite qui se déroule, selon un rituel personnel, tout au long d’une année et au rythme des quatre saisons. Ce sera « le parc dans le passage du temps ». Du haut de la tour Sainte-Claire, le regard intérieur retrouve les époques prestigieuses et révolues de la ville. Au loin, la presqu’île de Giens et Porquerolles.

Au bout d’une allée, et entre pins, oliviers et eucalyptus, surgiront des personnages atypiques ayant fortement contribué au charme et à l’existence de ce parc. Le colonel Olivier Voutier, découvreur de la Vénus de Milo, la romancière américaine Edith Wharton, le peintre René Monteix, et quelques autres. A la belle saison, nombre de visiteurs et visiteuses seront attentifs aux indications parfois fort détaillées de ce guide improvisé et bienveillant. En septembre surviendra l’abattage d’un grand Cèdre laissant un vide qui viendra confirmer que « l’attraction que les arbres exercent sur nous échappent à toute explication rationnelle. » Évocation, en octobre, du Parque das Ruinas à Rio de Janeiro lors du passage d’un vieil ami brésilien, Ivan, au parc Saint-Claire. En novembre, souvenir de Georges Pompidou évoquant Baudelaire et la déréliction de l’homme moderne. En décembre, se rappelle à nous le nom de Louise de Roubiac ayant ouvert un monastère de Clarisses ; et nous en saurons un peu plus sur la fondatrice de l’ordre Sainte Claire d’Assises.

Lire ce livre c’est peu à peu découvrir l’histoire oubliée de cette ville, notamment sous l’aspect architectural, religieux, culturel, et « envisager l’espace dans sa connexion avec la création littéraire. » Les dessins de Tony Fontana, un peintre pour qui « la haute ville était une source d’inspiration inépuisable », sont remarquables et en parfait accord avec le récit.

                                                                          Michel Capmal

Compléments :

- Le livre sur le site de l'éditeur et sur celui du Comité des parcs et jardins de France.

Un article d'André Lombard.

 


samedi 22 mai 2021

Retour à Tolède

Javier del Prado Biezma est un brillant universitaire espagnol. Il est aujourd'hui professeur émérite à l'Université Complutense de Madrid. Il est devenu Docteur Honoris Causa par l'Université Michel de Montaigne de la ville de Bordeaux. Grand spécialiste de la poésie et de la littérature française, il a notamment travaillé sur Patrice de La Tour du Pin, Chateaubriand, Hugo, Lamartine, Stendhal, Flaubert, Baudelaire, Mallarmé, Rimbaud. Il est également traducteur. Mais pour nous, il est avant tout poète et romancier, avec ce rare privilège de pouvoir écrire directement en français. Ce fut le cas pour son dernier roman que nous sommes heureux de présenter ici.

C'est d'un livre fort dont il s'agit. Un livre qui traite de la relation père/fils. Le narrateur qui est né à Tolède où il n'a passé que les toutes premières années de sa vie y revient pour accompagner son père dans ses derniers jours. Celui-ci, atteint d'un cancer du poumon va trouver néanmoins assez de souffle pour lui transmettre un secret de famille qui a pour cadre un petit lavoir au bord du Tage situé dans le quartier des Portugais.

Cet épisode douloureux, vécu dans une ville exceptionnelle qui condense une grande partie de l'Histoire de l'Espagne, permet à l'auteur de se livrer à une méditation sur le sens de la vie, sur la destinée, autant individuelle que collective, sur l'identité aussi et le véritable enracinement.

Le fait de s'exprimer dans une autre langue que sa langue maternelle favoriserait-il le lyrisme et la confidence ? L'auteur qui est aussi le narrateur ne cache pas l'effroi qu'il ressent en voyant son père agoniser. Il dévoile de même comment son besoin d'écriture peut devenir indécent à un moment où la compassion doit l'emporter.

Tolède qui est le théâtre de ce retour aux sources traverse en continu tout le livre. L'auteur n'ignore rien de son histoire, de ses palais, de ses églises, de ses jardins, de ses ponts... Il entretient avec la ville une relation intime et conflictuelle bien différente de celle d'un Maurice Barrès par exemple qui ne pouvait se revendiquer comme Javier del Prado Biezma d'un rapport filial.

On l'aura compris ce livre est à lire à plusieurs niveaux, l'ensemble étant servi par la grande culture de l'auteur et rehaussé par sa sensibilité poétique qui lui a permis de convoquer les mots les plus irradiants de la langue française.

Compléments :

- Le livre sur le site de l'éditeur.

- Tolède en images.

samedi 24 avril 2021

Adieu Serge !

Ce texte est initialement paru en provençal, traduit par Patriçia Dupuy, dans le numéro 375 du mensuel Prouvènço d'aro de ce mois.

Depuis quelques années déjà Serge Bec avait dû renoncer à toute vie sociale pour des raisons de santé. Il s'en est allé le 27 février dernier laissant dans la peine sa famille et tous ses amis. C'est une grande voix de la Provence qui disparaît.

Serge Bec était avant tout un poète, mais il a accompagné sa poésie de nombreux écrits touchant aussi bien à l'art qu'au roman, au théâtre qu'au reportage. C'est une œuvre abondante qu'il nous laisse, à différentes facettes. Mais toutes n'ont qu'un seul but, nous faire aimer un peu plus la Provence, sa terre natale.

La Provence de Serge Bec, c'est le Luberon, son centre de gravité la ville d'Apt où il aura été de 1977 à 1983 adjoint au maire, délégué à la culture. Son écriture est indissociable d'un engagement pour le pays avec lequel il faisait corps.

Serge Bec avait une formation littéraire et de journaliste. Ce métier occupera ses premières années de vie professionnelle. Il sera en poste à Marseille, à Toulon. En 2012, il avait réuni dans un livre intitulé Chroniques des grandes figures du sud les reportages qu'il avait réalisés pour Le Provençal au début des années soixante. On y retrouve tous ceux qui marquaient le paysage culturel de l'époque et dont il avait su gagner la confiance. Ainsi Jean Ballard, le fondateur des Cahiers du Sud, le poète André Salmon, Fernandel, Marie Mauron, Jean Giono ou encore le peintre Pierre Ambrogiani.


Cette activité de journaliste ne le quittera jamais même lorsqu'il sera appelé à d'autres fonctions comme celle de directeur adjoint du Parc naturel régional du Luberon. Il sera rédacteur-en-chef du mensuel Le Pays d'Apt ce qui lui permettra d'accompagner un territoire dans son devenir et d'y prendre part.

Du passé et du présent du Luberon, il n'ignorera rien et en fera la matière de ses livres. Il en présentera le plus beau visage dans des albums de photographies, des ouvrages consacrés à ses villages, à ses lavandes, à ses légendes, à ses fêtes. Il en montrera aussi le côté obscur, secret, tragique dans des livres de fiction comme La malédiction d'Hadès.

Serge Bec n'était pas un folkloriste, mais un homme debout qui affrontait avec courage et lucidité les drames de la vie, aussi bien individuels que collectifs. La perte de son épouse Annette, il y a quelques années, avait été pour lui une terrible épreuve. Les vingt-sept mois passés dans le conflit algérien à partir de 1958, un épisode douloureux de son existence qui l'avait ouvert à la souffrance des peuples, de tous les peuples de la terre. Car l'enracinement du poète en terre provençale n'était pas synonyme d'enfermement bien au contraire. Il était pour lui le lieu d'incarnation de l'universelle condition humaine.

 Son statut d'intellectuel n'était pas vécu en rupture avec la vraie vie. Comme Jean Giono, il était en continu en prise directe avec le monde et ceux qui le faisaient tourner. Il avait été à bonne école durant son enfance à la minoterie familiale dirigée par sa grand-mère, puis son père et enfin son oncle Gaston. Il y travaillera même deux ans avant de retourner poursuivre ses études.

La grande aventure du langage, le noyau de son œuvre, est bien sûr pour Serge Bec la poésie. Il faut rajouter la poésie, vécue et écrite en provençal. Ce qui pour lui a signifié des choix difficiles à faire et des déchirements.

Tout commence autour de ses dix-sept ans, à la bibliothèque municipale d'Apt il découvre un soir d'hiver autour du poêle à bois qui ronflait les vers passionnés d'Aubanel. Il ignore tout de l’auteur de La Miougrano entredouberto mais sa poésie sensuelle, charnelle, lui montre que l’on peut exprimer en provençal des vérités fortes et profondes de l’existence. C’est le début d’une prise de conscience, la révélation qu’il lui sera possible d’être fidèle à sa vocation de poète sans renier sa culture, les siens.

Avec quelques amis, Serge Bec crée alors L’Escolo dou Luberon. C’est une initiative de jeunes pour défendre la langue et proposer des expressions novatrices intégrant toutes les données de l’époque. Le recueil Li Graio Negro écrit en collaboration avec Pierre Pessemesse en est en quelque sorte le manifeste. Il revendique une totale liberté de l’écriture.

Nous sommes en 1954, l’année du centenaire du Félibrige et cette vieille institution est devenue totalement hermétique à la nouveauté, autrement dit à la vie. Malheur à ceux qui ont voulu retourner aux sources fraîches de la langue. Il n’y a pas de place pour eux. C’est ailleurs qu’il faut aller pour avancer, en particulier à l’Institut d’Études Occitanes, fondé seulement neuf ans auparavant en 1945. C’est pour Serge Bec un réconfort que d’y trouver soutien et encouragement. C’est aussi pour lui un engagement qui appelle des reniements qui s’avéreront plus tard douloureux. À l’I.E.O. , on a opté pour la graphie normalisée et non pour le provençal rhodanien pourtant si parlé et écrit en Vaucluse, la langue de la mère du poète, la langue de son père. Ainsi ce sera en occitan que Serge Bec fera une entrée remarquée dans les Lettres d’Oc et plus généralement dans la vie littéraire.

Son deuxième recueil Cants de l’Estre fou paru en 1957 est salué pour la splendeur de ses images. Sa manière d’en appeler à l’amour fou lui donne une double filiation : avec les Troubadours et avec les Surréalistes (on pense bien sûr à l’Amour fou d’André Breton). Ce recueil obtient le Prix Théodore Aubanel mais l’auteur devra le refuser, pris dans la contradiction de ses amitiés occitanes et de ses attaches provençales.
 

 
Le temps heureusement fera évoluer les choses. En 1980, paraîtra Siéu un païs avec sa fameuse Lettre ouverte aux occitanistes dans laquelle Serge Bec expliquera pourquoi il abandonne la graphie normalisée vécue comme trop idéologique et théorique au profit de ce qu’il appelle : « une graphie de parole » en phase avec ce qui est exprimé par les siens. Dans les faits, Serge Bec écrira depuis cette époque dans les deux graphies, manière de refléter les difficultés d’une culture à trouver son unité, et volonté chez lui de rassembler autour de ce qui peut être sauvé. En 2006, il recevra le Grand prix littéraire de Provence et en 2009, il sera fait Majoral du Félibrige. La Provence lui aura ainsi rendu de son vivant la reconnaissance qu'il méritait en même temps qu'elle refermait une blessure de jeunesse.

Avec sa mort, l’œuvre de Serge Bec ne s'enrichira plus désormais de nouveaux poèmes, de nouveaux livres. Elle est close, mais pas figée. Elle va continuer à nous transmettre toute l'énergie qu'elle contient, sa force d'amour, d'ouverture à l'autre, ce lien d'enracinement qui donne à l'existence toute sa raison d'être. Adieu Serge !
                                                                   Jean-Luc Pouliquen 
 
Complément:



samedi 20 mars 2021

Comment être poète persan sur YouTube ?

Nous avons déjà rendu compte dans ce blog du travail mené par Reza Afchar Naderi pour faire connaître la poésie persane en France. Depuis deux ans, il s'est engagé sur un nouveau chemin en créant une chaîne sur YouTube. Cette initiative nous intéresse particulièrement car elle s'inscrit dans les nouvelles possibilités qui sont actuellement offertes pour continuer de faire vivre la poésie. Nous avons voulu en savoir plus sur son expérience et lui avons posé quelques questions à ce sujet ?

Merci Reza d'accepter que nous t'accompagnions pour quelques pas dans cette nouvelle aventure. Pourrais-tu nous dire pour commencer ce qui t'y a conduit ?

Le chemin qui mène la poésie à la publication traditionnelle, celle des éditeurs papiers, est abrupte. Souvent on ne juge pas votre manuscrit à l'aune de votre talent mais à sa capacité de s'adapter au marché du livre. Quand ce n'est pas à la place que vous occupez ou non dans un réseau donné. La publication en ligne, sur YouTube en ce qui me concerne, met à votre disposition un média qui diffuse votre écriture poétique imprégnée de votre parcours, de votre maîtrise d'une langue et de vos convictions. Vous devenez ainsi votre propre éditeur. Quant à son pouvoir de diffusion il est fonction du temps que vous lui consacrez dans la sphère virtuelle et non à des canaux faisant jouer le favoritisme et le copinage.

 
 
C'est une chance extraordinaire de devenir son propre éditeur et de ne pas être dépendant du bon vouloir des autres. Sur le logo de ta chaîne il y a le profil de Montesquieu et tu lui as donné pour nom "Perse et poète". C'est ainsi que tu définis ta ligne éditoriale ?

En effet c'est une chance que de devenir son propre éditeur mais les places sont chères sur les réseaux et il faut quand même se battre très régulièrement pour sortir du lot.
Le profil de Montesquieu renvoie bien sûr à ses "Lettres persanes" où il raconte les extravagances et les absurdités de la société française à travers le regard prétendument naïf d'un Persan. Regard extérieur habité en réalité par le philosophe lui-même. Or je suis Iranien de naissance et français de culture. J'ai trouvé que le patronage de Montesquieu convenait bien à ma démarche pour raconter les errances et démissions de la France qui est la mienne. Une France que j'ai admirée depuis l'Iran et que je trouve bien défigurée aujourd'hui tant elle a renié ses propres valeurs et son identité. 

Ce sont plus de cent-cinquante vidéos que tu as mises en ligne actuellement. Je voudrais m'attarder sur les dernières où au travers de la poésie traditionnelle persane tu pointes du doigt ce que sont pour toi les faiblesses actuelles de la poésie française. 

Il y a des poésies enracinées et des poésies hors-sol. Les poésies enracinées ont gardé en elles la substance créative de générations de poètes ayant constitué au fil des siècles un patrimoine de connaissances et de savoir-faire. Ce patrimoine élève l'individu à partir du moment où ce dernier prend la peine de l'explorer. Il le rend plus fort dans sa pensée et dans sa parole, qu'elle soit écrite ou orale. La colonne vertébrale de ce patrimoine est la technique. Une technique qui n'a cessé d'évoluer et de s'adapter à son époque avec comme socle permanent les acquis du passé. 
La poésie hors-sol est celle qui, à l'image du Surréalisme, fait fi du savoir-faire, de la pensée construite et de l'héritage que je viens de mentionner plus haut. Cette prétendue poésie entend vous conduire vers la liberté en brisant les fondations d'une culture mais ce faisant elle ne mène qu'à une forme d'aliénation et d'infantilisme. Ainsi le Surréalisme, depuis près d'un siècle, n'a su apporter à la culture française qu'un champ de ruines sur lequel rien n'a jamais été bâti.


Le ton est donné. Voilà de quoi aiguiser notre curiosité et avoir envie de te suivre dans tes vidéos où l'on pourra te voir et t'entendre nous faire partager tes points de vue, tes créations et celles de la poésie traditionnelle persane. Tel est l'avantage de l'audiovisuel sur le papier imprimé. Merci Reza !

Complément :

- La chaîne Perse et poète.

samedi 13 février 2021

La poésie comme art de vie

 Michèle Serre et Pierre Sentenac ont déjà été les hôtes de ce blog. Ainsi il y a dix ans avions-nous demandé à Michèle de nous en dire plus sur le beau recueil qu'elle avait consacré au poète Ossip Mandelstam. Et en 2013 nous avions rendu compte du livre d'entretiens qu'elle avait réalisé avec son mari, le peintre Pierre Sentenac.

En plus de leurs créations respectives en écriture et en peinture, tous les deux ont fondé ensemble la maison d'édition Le Bien Vivre qui propose des livres d'artiste à tirage limité d'une grande originalité et réalisé avec le plus grand soin. C'est sur leur dernière parution que je voudrais aujourd'hui m'attarder.

Ce livre constitue le premier tome d'une série, il reprend les vingt premiers articles du blog tenu par Michèle Serre auquel participe également Pierre Sentenac comme illustrateur et critique musical. Il s'agit d'un blog culturel traitant avant tout de poésie, de peinture et de musique, mais aussi parfois de cinéma et de photographie qui s'intitule Poésie art de vie et qui a été ouvert le 24 novembre 2011.

C'est une très bonne idée d'avoir matérialisé ces chroniques, textes inédits, images et photographies dans un ouvrage aux pages couleur ivoire, à la typographie fine qui joue avec les différentes couleurs de l'encre, prolongeant ainsi la lecture sur écran par le plaisir de tenir dans ses mains un bel objet au contenu remarquable.

Car ce livre est plus qu'une collection de textes et d'images, c'est un véritable manuel du bien vivre dès lors que l'on a choisi d'alimenter sa pensée, ses sens et ses émotions à la source de la création la plus authentique.

Michèle Serre et Pierre Sentenac rendent compte, commentent, analysent, citent, proposent une ensemble d’œuvres poétiques, picturales, cinématographiques, photographiques, musicales qui nous nourrissent en profondeur, reconstituent même cette étoffe protectrice indispensable à une vie équilibrée dans un monde si perturbé et menaçant.

Alors citons au hasard parmi les sujets abordés : la présentation du film de Jean Périssé sur le dernier amour de Chateaubriand, le merveilleux en poésie, la lumière, la musique baroque, les photographies de Jacques Faujour, l'enfance, les racines, la présence de la mer, de la pluie, de la forêt...

Par petites touches, à voix basse, presque chuchotée, Michèle Serre et Pierre Sentenac nous entraînent véritablement avec ce premier tome dans le fabuleux voyage de la création. On attend avec impatience les suivants pour le poursuivre.

Complément :

- Le livre est vendu (port compris) à un prix préférentiel de 13€ à commander à pierresentenac@orange.fr

lundi 18 janvier 2021

Itinéraire poétique

 Avec ce mois de janvier, s'ouvre la douzième année de ce blog. C'est l'occasion pour moi de présenter mon dernier livre. La couverture a été conçue par François Alfroy, elle est suivie de l'introduction qui détaille le contenu de l'ouvrage.

 Itinéraire poétique en étoile

Voici un ensemble de huit textes qui s'inscrivent dans mon itinéraire poétique. Chacun d'entre eux creuse dans une direction différente, mais tous ont été inspirés par la même source. Au fil des mots il sera possible d'en retrouver le chemin.

Le premier texte s'interroge sur la ligne à suivre pour un poète, celle qui lui permettra de donner le meilleur de lui-même. La question n'est pas nouvelle, mais elle est ici posée dans une société qui se propose au travers de nombreuses institutions de lui venir en aide. Il s'agira de savoir jusqu'où ce compagnonnage peut aller.

Le deuxième texte va chercher chez deux philosophes, Gaston Bachelard et Nicolas Berdiaeff, un éclairage sur l'imagination qui est le moteur même de la création poétique.

Le troisième reste avec Gaston Bachelard et met en évidence ses échanges avec les poètes de L'École de Rochefort. Ils sont peu connus et ont pourtant nourri la dernière séquence de ses méditations sur la poésie.

Gaston Bachelard encore traverse le quatrième texte animé par un souci d'éveil. Il présente en effet une méthode pédagogique pour amener les enfants à écrire des poèmes. Celle-ci s'est construite à partir des livres de poétique du philosophe champenois.

Le cinquième texte traite de la critique littéraire pour un poète, de ce moment où il va être amené à écrire sur les œuvres de ses pairs et de la manière dont il va s'y prendre pour le faire. En quoi celle-ci va-t-elle différer des autres critiques ?

Le sixième texte est en quelque sorte une illustration de la question posée précédemment. Il montre de quelle façon le poète Bertrand d'Astorg a investi l'imaginaire littéraire et comment celui-ci a pu le conduire aux origines mêmes de notre culture,

Les deux derniers textes sont des témoignages qui évoquent Serge Bec et André Salmon. C'est l'amitié avec le poète provençal Serge Bec qui sera rappelée en même temps que son combat pour faire entendre dans sa langue d'oc natale un chant des plus original.

C'est le voisinage poétique et géographique avec celui qui fut l'ami de Guillaume Apollinaire et de Max Jacob ainsi qu'un des premiers soutiens aux poètes de L'École de Rochefort qui sera mis en lumière pour conclure.
                                                                       Jean-Luc Pouliquen
 
Compléments :