Des hauteurs de la Provence s'envolent pensées et créations d'aujourd'hui

samedi 8 mai 2010

Histoire d'OC - I

Dans une précédente chronique, Jacques Audiberti m’a amené à évoquer les relations complexes qui existent entre politique et littérature. À l’engagement prôné par Sartre dans l’après-guerre Audiberti avait répondu par L’Abhumanisme. Il était fidèle en cela à l’attitude adoptée par les écrivains de la N.R.F, revendiquant une autonomie de la littérature par rapport au politique. Mais cela ne signifiait en rien un refus d’assumer ses responsabilités. Le cas de Jean Paulhan est en cela exemplaire. Directeur de la N.R.F. dans les années trente, il sera un résistant de premier ordre et risquera plusieurs fois sa vie pour défendre ses idées. À la Libération encore, il se démarquera du CNE, refusant de prendre part à une purge littéraire dictée par l’idéologie. Ce qui s’est passé pour la littéraire française se retrouve au niveau des Lettres occitanes. Cette fois, l’action se déroule dans les années soixante. L’Occitanisme littéraire se double d’un Occitanisme politique qui s’empare de l’Institut d’Etudes Occitanes d’où sont exclus les tenants de la première ligne. Jean-Pierre Tardif, actuel rédacteur en chef de la revue Oc nous raconte cette histoire à partir de sa propre expérience. Elle va nous conduire jusqu’à l’année 2005. J’ai choisi de la présenter en un feuilleton dont il y aura quatre épisodes. Le premier commence avec la reprise en main de la revue par Ismaël Girard (1898-1976), figure incontournable de l’Occitanisme du XXème siècle. Ces éléments apportés par Jean-Pierre Tardif ont pour une grande part été présentés dans le n° 68 de la revue Linha Imaginòt paru à Toulouse en 2006.

1969-1976 : Ismaël Girard reprend la main

Après l’Assemblée générale de l’I.E.O. à Decazeville, en 1964, qui exclut Girard, Manciet et Castan, Girard, propriétaire du titre, récupère la revue OC. Le numéro 1 d’une « novèla seria » voit le jour au cours de l’hiver 1969-70 : « Nòsta faiçon a nosauts, ací, de contestar, puish que contestacion i a mès o mens pertot, au dia de uèi, que se tròba dins l’accion, e l’accion quan s’agís de letras qu’es creacion. Nòsta contestacion qu’es creacion » (Notre manière à nous, ici, de contester -puisque contestation il y a plus ou moins partout, aujourd’hui- se trouve dans l’action, et l’action, quand il s’agit de littérature, est création),écrit Girard dans les pages qu’il consacre à l’ « Orientacion », et il donne la mesure de cette contestation-création en ouvrant ce numéro par la publication d’un poème de Nelli, d’un passage du Grand Enterrament a Sabres de Manciet et de plusieurs Saumes pagans de Marcelle Delpastre. Le numéro 2, au printemps 1970, va dans le même sens avec des proses de Félix Castan, Max Rouquette et 28 sonnets de Bernard Manciet. Mais dès les numéros suivants Girard complète sa stratégie en mettant en œuvre une démarche qui, reprise encore plus largement par Manciet plus tard, sera l’une des caractéristiques majeures de la revue : la publication de textes des plus jeunes à côté des productions des écrivains déjà confirmés, dans une confrontation-dialogue au cœur même de la création. Ainsi, la poésie de Nelli, Marcelle Delpastre et les poèmes ou proses de Manciet, Max Rouquette ou Max Allier côtoient-ils dans les années 74 les premiers textes de Jean-Marie Pieyre, Michel Chadeuil, Roselyne Roche, Jean-Frédéric Brun, Jean-Louis Guin, Jean-Pierre Baldit, Philippe Angelau, Jean Feuillet, Guy Matieu, Alain Pelhon … Au printemps 1973, à l’occasion du cinquantième anniversaire de la revue, Girard décide de reprendre la « numérotation simple depuis le numéro 1 » et publie donc le numéro 241. Dès l’année suivante, il ouvre aussi ce qu’il appelle le « Conseil de Direction » à des plus jeunes : Jean-Marie Petit et moi-même en faisons désormais partie (printemps 1974). Le numéro 255, à l’automne 1976, composé par Girard, paraît après sa mort. OC va, malgré une courte interruption, continuer, car Girard avait préparé le terrain : non seulement les Max Rouquette, René Nelli, Bernard Manciet, Max Allier qui avaient œuvré à ses côtés vont pouvoir efficacement reprendre le gouvernail, mais Girard a su accueillir, lors des réunions du conseil de rédaction, chez lui, dans son petit cabinet médical de la rue Croix-Baragnon à Toulouse, de nombreux jeunes écrivains occitans qui avaient ainsi l’occasion de dialoguer avec leurs aînés. Jean-Frédéric Brun, qui fera partie, dès le printemps 1977, du Conseil de Rédaction, mais aussi Roland Garrigues, Serge Labatut, Philippe Angelau et bien d’autres.

Jean-Pierre Tardif

Compléments :

Le site de l’I.E.O.

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