Des hauteurs de la Provence s'envolent pensées et créations d'aujourd'hui

samedi 22 juin 2019

La simple évidence de la beauté

Au mois de mars nous donnions la parole à Brigitte Maillard pour partager avec elle son action poétique en pays bigouden. Celle-ci venait en complément de son œuvre écrite dont le recueil que nous présentons aujourd'hui est la dernière actualité. Il s'agit en fait d'une nouvelle édition revue et augmentée d'un précédent titre mais cette fois complétée de photographies qui viennent dialoguer avec les poèmes.


Laissons Pierre Tanguy, dans une proximité tout autant poétique que géographique avec l'auteure, nous faire part de ses premières impressions de lecture :

     « La beauté sauvera le monde », disait Dostoïevski. « La poésie sauvera le monde », affirmait Jean-Pierre Siméon dans un livre-manifeste du Printemps des poètes. La beauté et la poésie font alliance dans le recueil de poèmes et des photographies de Brigitte Maillard.
   Auteur/poète, éditrice, chanteuse : Brigitte Maillard a plusieurs cordes à son arc. Elle aime les gens, la nature, les paysages. Avec une affection particulière pour la baie d’Audierne, à tel point que cet espace emblématique de la Cornouaille (où la mer aborde le littoral avec fracas) est devenu pour elle le lieu d’une révélation. « Un jour, raconte-t-elle, sur une plage de la baie d’Audierne, la beauté s’est emparée de tout mon être. Inoubliable instant car la beauté a quelque chose d’incroyable à nous dire. Derrière ce monde respire un autre monde ».
   Pour témoigner de ce tressaillement intime devant la beauté, Brigitte Maillard recourt bien naturellement au poème et à la photographie. Voici, offerts à nos yeux, des estrans parcourus de ruisseaux sous des cieux plombés, des vagues giclant avec fureur sur les rochers pointus, une neige de mouettes ou de goélands sur la grande bleue soudain calme … « Je suis au bord de l’eau/Fidèle au brin d’osier/Déposé par les oiseaux », écrit-elle. « De tout, je fais un endroit de mon cœur » (…) « L’onde court dans ma main ».
   Le poète et académicien François Cheng, que Brigitte Maillard évoque dans ce recueil, écrivait à propos du Mont Lu dans la province de Jiangxi (dont il est originaire) qu’il offrait « des perspectives toujours renouvelées et des jeux de lumière infinis ». Ce sont ces jeux de lumière que Brigitte Maillard capte par l’image et le texte. Son mont Lu à elle, c’est d’une certaine manière la baie d’Audierne où elle se sent « vêtue d’espace ».

Et terminons par un poème extrait de La simple évidence de la beauté dit par Brigitte Maillard elle-même :


Complément :

jeudi 23 mai 2019

Amitié à Jean-Jacques Boitard

Cette année 2019 est l'année de quatre-vingts ans de Jean-Jacques Boitard. Je saisis l'occasion pour rendre hommage au chanteur-poète qui fut un compagnon de la première heure des Cahiers de Garlaban et avec qui fut envisagé un fructueux dialogue entre poésie et chanson, un thème que nous avons déjà évoqué dans ce blog.
C'est par Jean Bercy que notre groupe dont il faisait partie et composé par ailleurs de Claude Cauqui, Denis Constans, Charles Thomas, Eric Tremellat et moi-même fut mis en contact en 1983 avec Jean-Jacques Boitard. Nous organisions une soirée de poésie dans le village de Lascours, au pied du Garlaban, et souhaitions entrecouper nos lectures de chansons. L'expérience fut concluante et Jean-Jacques Boitard fit désormais partie de notre programmation chaque fois que nous nous produisions face à un public.

Jean-Jacques Boitard à Lascours en novembre 1987

La collaboration avec le chanteur ne s'arrêta pas là. En 1985 pour le centenaire de la mort du grand poète marseillais Victor Gelu, Jean-Jacques mis en musique quelques uns de ses poèmes et nous aida dans la réalisation d'une cassette audio qui lui était dédiée. Sur cette lancée, il mit en musique nos propres textes et produisit un disque puis une cassette intitulée Jean-Jacques Boitard chante les Cahiers de Garlaban. On peut aujourd'hui l'écouter sur le site de l'artiste.
La mort de Jean Bercy en 1986 fut une épreuve pour le groupe. Charles Thomas devait le rejoindre en 2008 et Claude Cauqui en 2017. Les chansons de Jean-Jacques nous rappellent aujourd'hui avec plus d'intensité encore les heureux moments que nous avons passés tous ensemble grâce à la poésie et dans l'amitié.
La poésie, la fantaisie, l'humanité encore possible dans ce monde, Jean-Jacques Boitard n'a cessé et ne cesse de les célébrer dans une recherche exigeante où paroles et musiques continuent  d'exercer sur nous leurs pouvoirs bienfaiteurs.


Complément :

samedi 20 avril 2019

Le souvenir d'André Salmon

Le 12 mars dernier, voilà cinquante ans que disparaissait le poète André Salmon. Pour lui rendre hommage, je vais évoquer trois personnes qui me l'ont rendu proche.


La première d'entre elles est Jean Bouhier, le fondateur de L’École de Rochefort. Il aimait à rappeler qu'André Salmon fut un des premiers à soutenir son initiative par un poème adressé pour le nouvel an 1942 qu'il avait écrit spécialement pour lui et René Guy Cadou. J'ai pu mesurer des années après que ce soutien n'était pas de circonstances. Il y avait véritablement des valeurs communes, à la fois humaines et esthétiques, à André Salmon et ses amis (qui s'appelaient Guillaume Apollinaire et Max Jacob) et les poètes de Rochefort.
Jean Bouhier s'était retiré en 1973 à Six-Fours-les-plages, commune limitrophe de Sanary-sur-mer où habita André Salmon à la fin de sa vie. C'est là qu'après sa mort, il rencontra son épouse Léo dans sa villa "La Hune" située boulevard Kisling, du nom du peintre de L’École de Paris qui avait été un ami d'André. Jean Bouhier participera aux travaux de rédaction de la revue Créer pour rendre hommage à André Salmon.

De gauche à droite : Pierre Bernard, du journal "L’œuvre", Max Jacob, Géo London, André Salmon, à Quimper, sur les quais de l'Odet, lors du procès Seznec

La deuxième personne qui m'a parlé d'André Salmon est Geneviève Latour qui nous a quittés au mois de février dernier. Elle avait connu André Salmon du temps où elle dirigeait la fondation Paul Ricard sur l'île de Bendor que l'on pouvait apercevoir depuis sa villa "La Hune". André Salmon lui avait donné un miroir dans lequel Guillaume Apollinaire s'était regardé, miroir qu'elle avait par la suite installé dans son domicile parisien où je l'avais rencontrée et dans lequel je m'étais à mon tour regardé comme tous les invités de cette femme si généreuse et accueillante.



La troisième personne à m'avoir parlé d'André Salmon est la critique et historienne de l'art new-yorkaise Beth Gersh-Nešić. Notre ferveur commune pour le poète nous a permis d'engager une conversation transatlantique au cours de laquelle de nombreuses fois André Salmon a été mis à l'honneur. Spécialiste du Cubisme, Beth a rappelé par exemple son amitié avec Picasso pour lequel il trouva le titre de son fameux tableau : Les Demoiselles d'Avignon. A l'instar de la "bande à Picasso" composée du peintre, de Max Jacob, de Guillaume Apollinaire et d'André Salmon, Beth fait aujourd'hui partie de la "bande à Salmon". En effet avec l'universitaire française Jacqueline Gojard et italienne Marilena Pronesti, elle travaille à entretenir le souvenir du poète qui reste encore à découvrir ou à redécouvrir.

Compléments:
- Le site officiel consacré au poète.
- Le blog de la "bande à Salmon".
- André Salmon parlant de son ami Apollinaire.