Des hauteurs de la Provence s'envolent pensées et créations d'aujourd'hui

samedi 22 décembre 2018

Les "Cités d'Oc" de Michel Miniussi

Nous terminons cette année 2018, comme nous avions commencé l'année 2017, c'est à dire en nous souvenant de Michel Miniussi, ce jeune écrivain occitan trop tôt disparu. Il s'agit cette fois de présenter  son dernier livre Ciutats d'Oc dont l'édition bilingue, illustrée par Véronique Champollion, a été préparée par Stéphane Lombardo, Jean-Pierre Tardif et Frédéric Voilley. Pour cela nous en reproduisons la préface avec l'aimable autorisation des "Amis de Michel Miniussi". Elle a été écrite en français par Frédéric Voilley et traduite en occitan par Véronique Champollion.


Cités révélatrices

Le premier fil conducteur, d’apparence anodine, qui relie les textes de ce petit volume, c’est la capacité de l’écrivain à se mettre au diapason d’un lieu, d’en deviner le visage secret. Ainsi, dans son œuvre majeure Lei Passatemps, les passages évoquant Cannes, Beaulieu, Grasse… « Grasse es vila de montanha… » sont autant de joyaux trop brefs pour être inclus ici. Mais ils entrecoupent d’un riche contrepoint les péripéties proustiennes de la société moribonde dont il nous conte l’agonie, lent « de profundis », consacrant une fin inéluctable.

Quelques quinze années auparavant, Michel avait déjà donné ce titre à un retour nostalgique au Festival de sa jeunesse. Il y voyait une vaste chorégraphie impliquant toute la Croisette, dans laquelle ses amis et lui-même jouaient un rôle parfaitement répété. C’est ici que le second leitmotiv, moins innocent celui-ci, qui sous-tend ces textes nous est proposé : « Les films ne sont qu’un prétexte au rite. » Pour Michel, l’important semble résider dans la beauté, la rigueur, la cruauté du rite lui-même, outre sa fonction. 

Ville rose, ville rouge-sang, Toulouse est soumise à une patiente archéologie, qui ne semble dégager que des signes mortifères. Deux exceptions toutefois, les Vierges du Taur et de la Daurade, empreintes de paganisme populaire. La clé de ce long pèlerinage dans les rues de la ville-sanctuaire n’est livrée qu’à la fin : les mystères de Toulouse sont ceux d’Éleusine-Déméter et de sa fille Perséphone-Korê qui, épouse d’Hadès, passe la moitié de l’année aux enfers. Cruelle absence qui pousse Déméter éplorée à errer par les chemins à sa recherche. Peut-être que le texte tout entier repose sur cette ambiguïté, errance funèbre, mais qui à l’insu de tous recèle la promesse de la refloraison.

La répétition d’un rite le confirme en tant que tel. Dans le troisième drame de la série finale, retour à Toulouse et à ses quais où a chuté un jeune homme. Autour de la victime, les médecins s’affairent en un « ballet hiératique », devenant ainsi autant d’officiants à un rite sacrificiel –  ce qu’atteste la citation du Poème du Rhône qui clôt le recueil. 

Au fil des pages, les deux thèmes –  la ville, le rite – se répondent, s’entremêlent, le premier servant de cadre au second qui en retour lui donne sa véritable identité : ville-théâtre, ville-sanctuaire, ville-arène.

Chemin faisant, nous avons compris que la posture d’esthète que Michel Miniussi revendique volontiers, n’est qu’un leurre de plus ; nous sentons à chaque pas l’emprise immanente du tragique. Les antiques malédictions écrasent les prévisions humaines, bouleversent les destins. Soudainement, c’est « cet arrêt brutal du temps », « un silence étrange et vide »  : la « bouche d’ombre » s’est ouverte. Nous nous doutions que la moue un peu dédaigneuse n’était qu’un masque, les Cités d’Oc l’ont arraché.

Frédéric Voilley

Ciutats desparpelaires

Lo primièr fil roge, un pauc superficiau, que liga li tèxtes d’aqueu libre, es la capacitat de l’escrivan de si metre au diapason amb un luec, de ne sentir la fàcia secreta. Ansin, dins son òbra màger
Lei Passatemps, li descripcions de Canas, Beuluec, Grassa… « Grasse es vila de montanha… » son de vèrs joièus, mas tròp brèus per figurar aquí. Pura fasián de contraponch saborós ai peripecias « à la Proust » d’aquel mond anequelit que ne’n conta l’agonia, lent « de profundis », simptòma d’una fin ineluctabla.

Un quinzenau d’annadas aperavans, Miqueu aviá ja titolat ansin un remembre dau Festival de la sieu jovença. Li vesiá una ampla coregrafia qu’estirassava la Croisette tota, e mai èu amb li amics, que jogavan cadun lo sieu ròtle, a la perfeccion. Aquí apareis lo segond leitmotiv que pòrta aqueli tèxtes, mens innocent esto còp : « […] lei films son ren qu’un pretèxte au rite. » Per Miqueu, l’important sembla s’escòndre dins la beutat, la rigor, la crudelitat dau rite, en mai de sa quite foncion.

Vila ròsa, vila roge-sang, Tolosa es somesa a una pacienta arqueologia, que ne’n sòrton solament de signes mortifères, amb pasmens doi excepcions : li Vierges dau Taur e de la Daurada, clafidas de paganism populari. La clau d’aqueu long romiatge en li carrièras de la vila-sanctuari nos es balhada a la fin : li mistèris de Tolosa son aqueli de Eleusina-Demeter e de sa filha Persefòne-Koré, esposa d’Hadés que passa la mitat de l’annada dins lo sieu reiaume dei mòrts. Abséncia crudèla que mena Demeter desconsolada a barutlar per li camins en cèrca de sa filha. Bensai que lo tèxte entièr es sostengut per aquela ambigüitat, una errància funèbra, mai que sensa que lo saupèssiam, tèn una promessa d’espelison
.
Es la repeticion d’un rite que lo conferma coma mite. Dins lo tresen drame de la tièra finala, tornam a Tolosa, sus li cais dont cabussèt un joine. A l’entorn de la victima, li mètges trafegavan en un « balet ieratic ». Son vists aicí verament coma d’oficiants d’un rite sacrificiau − a pròva : la citacion dau
Pouèmo dòu Ròse que clava lo recuelh.

E mai legissèm, veèm li doi tèmas − la vila, lo rite − si mesclar e si respòndre, lo primièr coma luèc dau segond que, a l'inverse, nos la desvèla. En meme temps, li bastís la sieu vera identitat : vila-teatre, vila-sanctuari, vila-arènas. 

Comprenèm tanben qu’aquesta postura d’estèta, vòuguda e revendicada per Miqueu Miniussi, es solament una engana de mai ; descubrissèm plan planin l’immanenta empresa dau tragic. Li anticas malediccions espotisson li previsions umanas, treviran li destins. Arriba subran « un arrèst dau temps tan druds » (Repeticion), « aquest silenci estranh, vuège » (Repeticion) : la « boca de l’ombra » (Canas) s’es duberta. S’en dobtaviam, qu’aqueu morre un pauc lefinhós èra just una masqueta. L’an arrancada, li
Ciutats d’Òc.

Frederic Voilley

Compléments :
- Le livre qui est vendu 16 € peut être commandé aux "Amis de Michel Miniussi", 210 chemin de la Cerisaie" F-06250 Mougins, Tél : 04 92 92 21 58.

vendredi 9 novembre 2018

Le souvenir de Guillaume Apollinaire

Ce 9 novembre 2018, voilà cent ans jour pour jour que disparaissait Guillaume Apollinaire. Pour nous associer à cette commémoration, voici deux documents audiovisuels. Le premier a été réalisé par Jean-Marie Drot pour la série "L'art des hommes" et proposé en 1968 à l'occasion du cinquantième anniversaire. Il permet d'entendre le témoignage de plusieurs de ceux qui ont connu le poète. Parmi eux, André Salmon autour duquel s'était organisé mon dernier livre.


Le deuxième, réalisé par Jean-Claude Bringuier, appartient à la belle collection "Un siècle d'écrivains" dirigée par Bernard Rapp. Il nous donne une vue d'ensemble de la vie et de l’œuvre du grand poète et sonne comme une invitation à le relire. Il permet aussi de se livrer à une méditation sur la condition du poète et de s'interroger sur les raisons profondes qui ont permis à Guillaume Apollinaire de trouver un tel écho auprès du public. 


Complément :
- Le site officiel consacré à Guillaume Apollinaire.

mardi 16 octobre 2018

Les paysages de Véro Barbot

Durant le mois de septembre Véro Barbot est venue du Limousin pour exposer ses toiles à la galerie LM Studio qu'anime à Hyères dans le Var Laurence Neron-Bancel.


Afin de prolonger la rencontre avec les œuvres de l'artiste, voici les photographies de quelques unes d'entre elles. Elles sont accompagnées d'extraits d'un article écrit par le critique d'art Didier Paternoster à l'occasion d'une précédente exposition qui s'est tenue à Bruxelles en 2016.

Après (130 cm X 81 cm)

"Au départ, il y a la nature. Une nature omniprésente, saisie dans son sens le plus large et dans ses formes les plus élémentaires."

Orange boum (130 cm x 97 cm)


"Au rythme des saisons, au grès de l'intensité de la lumière, le paysage s'épanouit dans une sorte de vision idéalisée, presque naïve, au sein de laquelle les éléments de la réalité prennent valeur de symboles."

Le petit chemin (130 cm x 89 cm)

"De chaque composition émane un sentiment de plénitude, de sérénité, où l'harmonie chromatique s'allie à la pureté des lignes."

Rond jaune (130 cm x 89 cm)

"Certains éléments de composition rappellent Miró et dans le ciel se dessine parfois comme un mobile de Calder."

Compléments :