Des hauteurs de la Provence s'envolent pensées et créations d'aujourd'hui

lundi 26 septembre 2022

Le chant solaire de Jacques Barthès

La rencontre de la poésie avec la chanson a intéressé ce blog dès sa création. Et à plusieurs occasions déjà nous sommes venus en parler. La dernière fois ce fut à propos de Muriel Batbie Castell.

Aujourd'hui vous voudrions saluer Jacques Barthès. Comme Muriel Batbie Castell il a inscrit son œuvre dans l'espace occitan, plus précisément dans la région languedocienne dont les paysages méditerranéens ont marqué son enfance.

Jacques Barthès est auteur, compositeur, interprète. Il a été distingué cette année par l'Académie des Jeux Floraux de Toulouse pour la qualité poétique de ses chansons. Dans le même temps, il faisait paraître un livre rassemblant les textes de cinquante de ses créations. L'ensemble étant accompagné de photos et de dessins de l'auteur.


D'emblée nous sommes invités à rentrer dans le propos. Dans le premier texte Jacques Barthès écrit : "Il y a du feu sur ton visage ma terre / Il y a la mort dans tes villages ma terre", dans le second il poursuit : "Chanter pour ajouter à la beauté des choses l'harmonie retrouvée le silence et la paix" enfin dans le troisième il nous confie : " A l'envers j'écris ma vie un long poème qui chante à midi".

Nous savons désormais où son inspiration prend sa source, quelles sont ses intentions et quelle sera la lumière qui éclairera ses paroles. Nous pouvons le suivre en toute confiance à travers les collines, dans les vignes ou au bord de la mer. Mais ce voyage ne sera pas celui d'un vacancier qui cherche à couler des jours insouciants sous le soleil. Pour Jacques Barthès l'astre de feu brille pour aiguiser sa lucidité et le faire entrer plus avant dans sa condition d'homme.

        "Je prends ma force dans la semence / De l'été qui appelle sa moisson / D'enfance et d'abandon / L'appel lourd du silence / Les gerbes du soleil / Vous rendent l'espérance / Emportant l'avenir / Dans son dernier voyage / Et le feu dans l'espace" .

A la lecture des textes de Jacques Barthès, la force ressentie dans les mots nous amène à penser qu'ils sont de véritables poèmes qui peuvent être pris tel quel sans l'ajout de la musique. C'est un compliment adressé à l'auteur quand on sait que bien souvent les paroles d'une chanson ont besoin de l'habillage des notes pour prendre véritablement du relief. Ce n'est pas le cas ici, si bien que l'on écoutera chaque chanson interprétée par Jacques Barthès avec un plaisir renouvelé, celui de découvrir à partir d'un poème une autre création.

Il est maintenant temps de juger sur pièce :            

Compléments :

- Le livre est vendu 15€ port compris à commander à Jacques Barthès, Le Valéry, 28 rue Montmorency, 34220 Sète.

- Un portrait de Jacques Barthès par Philippe Raybaud.

 

mardi 23 août 2022

Les miniatures enchantées de Ruby Silvious

 Lorsque j'ai présenté le mois dernier le livre Pablo Picasso, André Salmon and "Young French Painting", j'ai omis de dire que la maquette de couverture était de Ruby Silvious. Au mois d'avril, j'ai eu la chance de la rencontrer et de découvrir ses dernières créations. Pour la deuxième fois - Ruby Silvious était déjà venue à Hyères en 2017 - elle les présentait à la galerie LM Studio dirigée par Laurence Neron-Bancel dont j'ai déjà eu l'occasion de parler à travers les artistes Véro Barbot et Bertille de Baudinière.

Ruby Silvious est une créatrice américaine particulièrement imaginative qui utilise des matériaux récupérés dans notre univers quotidien pour les transformer en œuvres d'art. Un premier livre intitulé 363 Days of Tea : A Visual Journal on Used Tea Bags avait rendu compte de son expérience journalière, durant une année, de traduire sur un sachet de thé usagé, par le trait et la couleur, ses émotions du moment. Son deuxième livre Reclaimed Canevas prolonge et amplifie sa démarche en introduisant l'utilisation de nouveaux supports.

Les chapitres intitulés 52 weeks of tea, Multiple tea bags, 26 days of tea in Japan, 26 days of tea in France, 9 days of tea in Spain, Coming home illustrent une nouvelle fois avec brio la démarche de Ruby Silvious de transcrire sur des sachets de thé ses impressions et émotions de voyage. Par cette citation de Marcel Proust : "Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux pays mais à voir avec des yeux nouveaux", l'artiste nous indique le sens de sa recherche. Elle réalisera en fait les deux en nous faisant découvrir des lieux que nous ne connaissions pas ou connaissions superficiellement, avec un regard renouvelé. Ainsi de la dernière séquence par exemple Coming home où nous découvrons son village de Coxsackie dans la vallée de l'Hudson avec ses yeux remplis d'émotion. Ses représentations du parc près de la rivière, des bâtiments du centre-ville en briques rouges, d'une ferme entourée de prairies, d'un phare sur l'Hudson, de la rivière elle-même, nous restituent l'Amérique paisible et familière qui compose son décor quotidien.

Il sera question dans le livre de "Haïku visuel". L’expression est heureuse et met en lumière la dimension poétique du travail de l'artiste qui réenchante le monde à la fois par sa capacité à saisir la magie de l'instant et à l'inscrire sur des supports qu'elle a su soustraire à leur utilitarisme premier. Le mot "support" est bien au pluriel, le livre est là pour nous le donner à voir.

Dans un chapitre intitulé Oribrami qui joue ici sur le mot Origami, l'artiste qui a fréquenté le milieu de la mode,  présente des pliages représentant des soutiens-gorges réalisés avec des papiers d'emballage de différentes enseignes telles Starbucks, Whole Foods, McDonald's ou encore Savannah Bee. Enfin dans les pages de la séquence Non-Traditional Materials nous découvrons le merveilleux usage que Ruby Silvious a su faire de l'intérieur d'une coquille d’œuf, d'un nuancier de peinture murale, de glands de chêne, de galets, de feuilles séchées ou de coquilles de pistaches. Nous arrêtons là l'énumération mais il semble que les possibilités soient infinies.

Il est temps maintenant de rejoindre l'artiste dans son atelier et de la découvrir au travail :


Compléments :

- Le site de Ruby Silvious.

- Pour se procurer son livre.




samedi 23 juillet 2022

André Salmon et ses amis

 Le propre de l'expérience poétique est de ne pas s'enfermer dans le temps. Ce que le poète a vécu ne s'éteint pas à sa disparition. Chacun de ses actes et de ses écrits contient une vibration qui continue au-delà de sa mort à agir sur les vivants. Deux livres qui viennent de paraître concernant André Salmon nous le confirment.

 

 

Le poète que nous avons eu déjà l'occasion de présenter en 2019 à l'occasion du cinquantième anniversaire de sa disparition reste avant-tout associé à l'aventure créatrice du début du vingtième siècle à laquelle il a participé, en particulier au côté de Guillaume Apollinaire pour la poésie et de Pablo Picasso pour la peinture. Mais citer ces deux noms ne saurait rendre compte du foisonnement de la période, ils sont à prendre comme des points d'ancrage à partir desquels le paysage artistique et littéraire de l'époque va pouvoir être reconstitué.

Claire Paulhan dont les éditions proposent des journaux intimes, des correspondances littéraires, des textes autobiographiques et mémoires inédits d'écrivains des XIXème et XXème siècle a été bien inspirée de confier à Jacqueline Gojard la préparation de ce livre qu'elle a aussi annoté et préfacé. Jacqueline Gojard est la meilleure spécialiste de l’œuvre d'André Salmon mais sa connaissance du poète ne se limite pas à une approche intellectuelle, elle procède aussi des liens du cœur. Sur cette base, Léo Salmon, l'épouse d'André, l'avait désignée comme l'exécuteur testamentaire de l’œuvre de son mari.

Le livre se présente en deux parties. La première, la plus volumineuse concerne la correspondance qui s'est établie entre André Salmon et Guillaume Apollinaire entre 1903 et 1918. 1918 est l'année de la mort de Guillaume Apollinaire. La deuxième partie est précisément un florilège de textes d'André Salmon, témoignages divers et souvenirs.. sans fin, écrits à partir de 1918 et jusqu'en 1959 en hommage à son ami disparu.

Lorsque leurs échanges commencent Guillaume Apollinaire et André Salmon ont respectivement 23 et 22 ans. C'est dire si la correspondance présentée, composée de 90 lettres et documents, nous introduit d'emblée dans le feu de leur aventure qu'une somme de notes, complétée d'illustrations souvent inédites, va minutieusement éclairer. Rien ne sera laissé dans l'ombre qu'il s'agisse par exemple d'un lieu, d'une date, d'une personne ou d'une revue apparaissant dans le fil de leur relation. Ainsi avançant dans la lecture, les traits du décor et de l'action des deux protagonistes et de leur entourage se feront de plus en plus précis. 

Le florilège de textes d'André Salmon sera une manière de revivre ce temps d'exception qui aura à jamais "fertilisé" le reste de son existence.

 

 

Le deuxième livre porte plus précisément sur la relation d'André Salmon avec les peintres dont se détache la figure de Pablo Picasso et immédiatement après, celle d'Amedeo Modigliani. Une photo en quatrième de couverture de l'ouvrage représente d'ailleurs Modiagliani, Picasso et Salmon photographiés par Jean Cocteau le 12 août 1916 devant le Café de la Rotonde à Montparnasse.

Le livre est proposé en anglais, il est publié à New York par les éditions Za Mir que dirige Beth Gersh-Nešić. Nous avions déjà présenté dans ce blog une précédente initiative qu'elle avait prise concernant André Salmon. Il s'agissait de portraits croisés de Picasso sur Salmon et de Salmon sur Picasso. Le texte était de Jacqueline Gojard, la traduction de Beth Gersh-Nešić, les notes de toutes les deux.

Cette fructueuse collaboration a préparé le livre présenté aujourd'hui qui a été construit sur le même principe. La Jeune Peinture française est un ouvrage écrit par André Salmon en 1912 et publié la même année par l'éditeur parisien Albert Messein. Il s'agissait ici d'en proposer une traduction fidèle, accompagnée d'une introduction et de notes. Elle serait complétée d'une riche bibliographie, d'une courte biographie d'André Salmon, de  quelques informations également sur Jacqueline Gojard et Beth Gersh-Nešić, d'un index des noms cités. Il faut ajouter que le livre de grand format a permis l'insertion de 21 reproductions de tableaux en couleurs qui viennent illustrer merveilleusement le propos déjà enchanteur d'André Salmon.

Dans son introduction Jacqueline Gojard souligne le caractère paradoxal de ce livre qui rend compte à la fois d'une révolution artistique en train de s'accomplir et d'un panorama de la peinture tel qu'il existe en ce début de XXème siècle où beaucoup sombreront dans l'oubli.

On lira ensuite avec plus d’acuité et curiosité les chapitres du livre de Salmon qui ont pour titre : Les Fauves, Une histoire anecdotique du Cubisme, L'Art vivant, Renaissance de la peinture française du paysage, Femmes peintres du Vingtième siècle.

Compléments :

- Le livre sur Guillaume Apollinaire & André Salmon sur le site de l'éditeur.

- Pour se procurer en France Pablo Picasso, André Salmon and "Young French Painting".