Des hauteurs de la Provence s'envolent pensées et créations d'aujourd'hui

samedi 25 mai 2024

En souvenir de Jacques Arnold

Je voudrais aujourd'hui rendre hommage à Jacques Arnold qui m'encouragea lorsque je faisais mes débuts en poésie, à la fois en écrivant mes propres textes et en éditant Les Cahiers de Garlaban.

Il m'accueillit dans la revue Jointure dont il était président du comité de lecture, secondé par une équipe exigeante dans laquelle on retrouvait notamment Jean-Pierre Desthuilliers, Georges Friedenkraft, Michel Martin et Daniel Sauvalle.

     

Aujourd'hui, repensant à son itinéraire poétique et littéraire, me vient une liste de sujets que l'éloignement géographique et le temps ne m'ont pas permis d'aborder avec lui. Ainsi j'aurais été heureux de parler de son amitié avec Armand Lanoux, lauréat du prix Goncourt 1963, de ses rencontres en captivité durant la Deuxième Guerre mondiale avec Julien Gracq, Raymond Abellio, Jacques Fauvet ou encore Patrice de la Tour du Pin. Il m'aurait plu également d'évoquer en sa présence la Société des Gens de lettres au sein de laquelle il présidait la commission Poésie.

Jacques Arnold m'adressa deux de ses recueils, tous les deux édités chez Rougerie, Poèmes donnés et Filantes, avec à chaque fois une dédicace chaleureuse.

Voici un de ses poèmes extrait de Poèmes donnés :  


 IMPROMPTU

    à Nelly Nabajoth

Un poète, vois-tu, c'est toujours jeune

telle que tu l'es, toi,

et devine le monde

et devine sa loi

en regardant le ciel et les oiseaux.



Mais le ciel est changeant

tantôt clair, tantôt sombre.

Les oiseaux sont sans cesse en lutte pour leurs nids

et pour les infinis.



Le poète combat pour conquérir les mots

de sa propre charmille

comme les jeunes gens,

comme toi, jeune fille

pour conquérir vos rêves

Et leur offrir un corps.

A toi, Nelly, d'inventer tes efforts

et pour t'aimer toi-même

et pour que l'autre t'aime :

A toi, Nelly, de forger tes ressorts...


Complément :

- Jacques Arnold sur Wikipédia.

                                                                    

dimanche 28 avril 2024

Un poème de Jeanne-Marie Giudicelli-Lainé

 Il y a tout juste quarante ans, le 28 avril 1984, sortait des presses des éditions Le Dé bleu dirigées par Louis Dubost, le recueil de poèmes de Jeanne-Marie Giudicelli-Lainé intitulé Amphores sous une jaquette illustrée par Chisa.

Il m'avait à l'époque beaucoup plu et j'avais même pu quelques années plus tard en témoigner de vive voix à l'auteure lorsque avec Jean Bouhier nous étions venus en Vendée présenter Fortune du Poète qu'avait également édité Louis Dubost.

Reprenant ce recueil dans ma bibliothèque, j'y retrouve la même magie, le même enchantement, ce qui m'a donné l'envie de le mettre à l'honneur dans ce blog.


Voici tout d'abord ce qu'en dit la musicologue Brigitte Massin dans la préface : "Parfois on se souvient d'une voix, saisie en une rencontre fortuite. Ainsi de celle de Jeanne-Marie Lainé. Une voix, et un regard, et ce mystère qui auréolait un jeune visage, celui d'un être comme étonné de devoir vivre et qui trouvait son abandon dans les bras de la nature.

Je n'avais pas oublié Jeanne-Marie Lainé, et souvent je m'étais demandée si ce grand désir enfoui de la poésie avait pu surgir du rêve de la dormeuse.

Ce recueil m'a rendu sa voix. Le monde y est murmuré, parfois suggéré seulement. Le non-dit y importe, habitant les silences. Jeanne-Marie Lainé telle une sourcière du bonheur, ayant pour compagne la nature bienheureuse, poursuit sa quête au pays de l'au-delà des mots. La femme ayant mûri, ceux-ci ont pris leur densité. Ils sont tendres et fiers. Ils nous parlent."

Continuons par ce poème :

MATURITÉ

Je  sais ce qui n'est plus et ne reviendra pas, à quoi même jamais je ne rêve.

Qui pourrait dire qu'on a ajouté ou enlevé quelque chose en moi, hors la douleur pour les rêves perdus ? Leur retentissement même a décru.

Ma mémoire est comme le grand champ noir d'une ville la nuit - où les lumières s'éteignent peu à peu...

Les souvenirs s'en vont reviennent s'estompent.

Le monde multiple de mes soifs qui était univers s'est fait village puis rue chambre enfin.

Qui pourrait dire que j'ai vieilli ?

Je me suis épurée.

C'est une chance pour nous, le livre a été numérisé depuis par Gallica.

 


samedi 23 mars 2024

Ciné-poèmas / Ciné-poèmes

Au mois de janvier, j'ai parlé de l'année 2024 comme de "l'année Frédéric Mistral", en fait une année qui nous fait faire un retour arrière et nous replonge dans le XIXe siècle. Si génial que fut le poète de Maillane, on ne peut réduire le provençal et la langue d'oc à son œuvre et à son parcours. Elle a été après lui le véhicule d'une expression sans cesse renouvelée qui s'est accordée au contexte nouveau dans lequel se sont trouvés immergés ceux qui avaient choisi de lui rester fidèle.

Parmi les nombreux auteurs d'aujourd'hui qui ont témoigné de ce renouvellement, JànLuc Sauvaigo me paraît le plus exemplaire dans sa capacité à intégrer la modernité. J'ai déjà eu l'occasion de le dire dans ce blog. Je voudrais par cette chronique en donner un nouvel exemple.

Avec ses Ciné-poèmas, il nous entraîne dans l'univers cinématographique omniprésent dans notre vie quotidienne dont il a fait la matière de son imaginaire, de son écriture et de ses dessins car il est aussi artiste graphique.

Le livre présenté en version bilingue français-nissart se compose de trois parties entrecoupées de nombreux dessins, dont certains en couleurs, relevant de la bande-dessinée.

La première partie s'intitule Lo Cat, lu Piratas & lo Mago / Le Chat, les Pirates & le Magicien. Elle se découpe en 32 images inspirées par Hitchcok, le cinéaste japonais Yasujiro Ozu et Jean-Luc Godard. On y trouvera en particulier de nombreuses références au film d'Hitchcok Les 39 marches.

La deuxième partie a pour titre Jim & JànLuc fan un film / Jim & Jànluc font un film. En fait, ils en feront cinq et le livre nous en donne en quelques lignes un avant-goût. Ces cinq films s'intitulent La Ratapinhata, La Chambre verte, (J.) M le Maudit, Réfléchir l'image - des autres et enfin Bob le Flambeur. On retrouve ici des références à François Truffaut, Fritz Lang, Jean-Pierre Melville. Mais tous se passent à Nice.

Enfin la dernière partie du livre Esquasi blu / Presque bleu est le synopsis inédit d'un conte musical et dansé, écrit pour le projet jazz de Jean-Louis Ruf, lors de "palhon ven", une célébration par la Ville de Nice des 600 ans de la Dédition de 1388.

Derrière cette "accroche" cinématographique se dissimule une interrogation profondément humaine sur notre devenir et sur une identité, ici l'identité nissarte, qui ne veut se dissoudre dans un art - devenu une industrie - d'une puissance phénoménale sur les imaginaires. Ce livre agit en fait comme une tentative de réappropriation par les mots, en détournant à son propre compte la vision du monde proposée. Et la poésie appelée en renfort permet ce miracle :

"Lo pinctor vou s'estar coma un astre perdut / Invisible en quauque luèc dau ciel, dau Blu / Viatjam toi devèrs, delà d'un image"

"Le peintre veut rester comme un astre perdu / Invisible en quelque lieu du ciel, du Bleu / Nous voyageons tous vers, au delà d'une image"

Complément :

- Le livre de 112 pages, format 20,5 cm X 20,5 cm, édité sur papier glacé et contenant de nombreuses illustrations en couleurs et noir et blanc est vendu 26 € (port compris) à commander chez l'auteur :  gracco.ontario@sfr.fr