Des hauteurs de la Provence s'envolent pensées et créations d'aujourd'hui

mercredi 16 décembre 2020

En souvenir de Magali Fillol

 Alors que Noël approche, une fête qu'elle célébrait chaque année dans la tradition provençale, je voudrais rendre hommage à Magali Fillol qui nous a quittés l'été dernier dans sa quatre-vingt-quatorzième année. Comme Casimir Mouttet, elle était une figure authentique de la Provence qu'elle avait à cœur de défendre en sa qualité de conteuse.

Aux Cahiers de Garlaban, j'ai été heureux d'éditer cinq de ses recueils qui ont à la fois permis de fixer ce qu'elle transmettait avec talent dans l'oralité et de servir de support pour intervenir dans de nouveaux lieux où la culture provençale pouvait trouver sa place, comme une école, un collège ou une médiathèque par exemple.

Ainsi, j'ai publié d'elle, en 1988, A l'ombre du micocoulier avec des illustrations du graveur-poète Gérard Pons, en 1991, Un banc sous la treille avec une préface de Marcel Scipion, le berger des abeilles, et des illustrations de Henri Capra, en 1992, Le murmure du temps avec des illustrations de Henri Capra, en 1993, Calades au soleil avec des illustrations également de Henri Capra et enfin en 1995, Un sentier couleur de miel avec des illustrations de Jean-Michel Raffalli.

Pour beaucoup, Magali Fillol, c'était avant tout "Tante Magali". C'est comme telle qu'elle fut présentée dans A l'ombre du micocoulier : "Il suffit d'imaginer la placette d'un village comme il en existe encore quelques-unes sous les ombrages apaisants des vieux micocouliers, de penser à un banc de pierre près d'une fontaine et d'y faire halte, pour entrer dans le petit monde de Tante Magali.

Alors dans ce cadre radieux, toute une galerie de personnages, tous aussi pittoresques, tous aussi attachants, va revivre par la magie du verbe.

Car Tante Magali est conteuse. Elle sait en quelques mots brosser le portrait d'un homme ou d'une femme de ce pays et lui rendre toute son épaisseur. Elle sait nous restituer tous les parfums, toutes les saveurs d'une terre et d'une nature que le soleil a rendues généreuses.

Chaque parole trouve par sa bouche ce reflet que seul la Provence pouvait offrir. Ce n'est pas étonnant chez cette "Prouvençau de longo" native du pays des Îles d'Or que Marie Mauron encouragea à nous communiquer son amour de la vie provençale."

De gauche à droite, rangée du haut, André Resplandin, Jean-Luc Pouliquen, Jean-Jacques Boitard, rangée du bas, Armand Olivennes, Marie-Christiane Raygot, Magali Fillol, Gérard Pons, Jacques Lucchesi.
Café-théâtre de la Porte d'Italie, Toulon, 15 février 1994



 La collaboration avec Magali Fillol ne se limita pas à la simple parution de livres. Elle apporta son enthousiasme, son énergie, son appétit du monde et son talent à la vie des Cahiers de Garlaban. Elle m'accompagna ainsi dans de nombreux salons du livre dans le Var, les Alpes-Maritimes, les Bouches-du-Rhône et les Alpes-de-Haute-Provence. Chaque déplacement était l'occasion de nouveaux contacts et de nouvelles amitiés. Elle participa de même aux soirées que nous organisions pour aller à la rencontre du public. De sa voix chaleureuse et chantante, elle mêlait à nos poèmes, à nos chansons, les histoires d'un terroir que l'on avait bonheur à habiter.

Complément :



lundi 2 novembre 2020

Le tombeau du poète

 Il n'est pas si fréquent de pouvoir trouver sur des cartes géographiques des indications concernant le tombeau d'un poète. C'est pourtant le cas sur celles couvrant le territoire des Hautes Alpes, plus particulièrement le Haut Champsaur et le village de Prapic situé aux confins de la vallée du Drac Noir.

 


 L'histoire de ce tombeau situé à 1647 mètres d'altitude, que l'on atteint après une demie-heure de marche depuis le village, est singulière. Il s’agit de la sépulture de Joseph Reymond né en 1847 et mort en 1918. Instituteur, après la guerre, en 1878, il refuse, alors que c'est obligatoire, d'être recyclé à Paris. Il est révoqué par l'académie et revient vivre dans son village natal pour y être berger. Ses talents de conteur et de poète l'amènent à écrire plusieurs livres et à être invité dans les veillées qui ont lieu au village ou dans la vallée. Vers la fin de sa vie, il décide de construire ce qui lui servira de tombeau dans sa propriété estivale, au bord du torrent du Blaizil. Sous un gros rocher il creuse et façonne sa dernière demeure. Il va même jusqu'à organiser une répétition de ses obsèques entouré de ses amis. Il prévoit aussi un gros fût de vin rouge pour la cérémonie. Et c’est ainsi que le 7 janvier 1918, deux jours après sa mort, les conditions météorologiques le permettant enfin, il est installé dans son caveau dans une ambiance festive.

Complément :

- Pour se rendre au tombeau du poète.


samedi 3 octobre 2020

Le souvenir de Casimir Mouttet

 J'ai déjà eu dans ce blog, l'occasion de présenter les publications des Cahiers de Garlaban. Mais je m'en étais tenu essentiellement à la poésie, qu'elle soit de langue française où de langue d'oc. Pourtant à côté de cet ensemble, j'avais voulu soutenir des auteurs qui incarnaient et défendaient l'identité provençale au travers de contes, de récits, de souvenirs, de poèmes aussi, ce qui fut le cas avec Magali Fillol récemment disparue et Casimir Mouttet. C'est à ce dernier que je voudrais rendre hommage aujourd'hui.

Casimir Mouttet - Le Canebas - Été 1987
Né en 1922, au Canebas à Carqueiranne dans le Var, Casimir Mouttet nous a quittés en 1994. Il était horticulteur. J'ai édité de lui deux recueils, ce qui fut pour moi une expérience forte car elle s'accompagna d'échanges nourris, de la découverte de son univers, de rencontres  avec ses proches, qui débouchèrent sur une belle amitié. L'introduction qu'il rédigea pour sa première publication Carqueiranne mon village nous donne la tonalité de son propos.
 
"Voilà plus de cinquante ans que je travaille la terre. C'est dire que je n'ai guère eu le loisir de m'attarder sur les bancs de l'école.
Pourtant j'ai toujours eu envie d'écrire. Dans ma première langue maternelle : le provençal, comme dans celle que j'ai apprise de mes instituteurs : le français, j'ai désiré laisser mon témoignage.
Depuis sept générations, ma famille demeure au Canebas. Elle a participé aux débuts de l'horticulture varoise à laquelle j'ai moi-même aussi pris une part active.
Avec les années, les anecdotes entendues enfant puis les souvenirs personnels se sont accumulés. Je les livre aujourd'hui en suivant le fil chronologique.
Je les complète de mes poésies, écrites en "lengo nostro", comme on dit chez nous, et présentées avec une traduction française.
Je souhaite qu'à la fin de cet ouvrage, le lecteur se sente un peu plus de Carqueiranne car :.Eici es moun Païs, Acò es ma Prouvènco, Eici mes Souveni, Acò es ma Legèndo"
 
Ses Promenades historiques prolongèrent le récit initial. Pour l'occasion, Casimir Mouttet proposa pour illustrer la couverture une rose des vents de Provence qu'il avait lui-même dessinée. Le recueil fut annoncé ainsi : "Historiques, les promenades de Casimir MOUTTET, le sont à plus d'un titre. Toutes, qu'elles s'expriment par la narration, le poème ou le théâtre, nous entraînent un peu plus loin dans l'histoire humaine. Celle-ci peut être collective et nous voici entre Hyères et Carqueiranne à suivre un itinéraire qui plonge dans la nuit des temps pour atteindre les dernières péripéties de notre siècle bien chaotique.
Rares aujourd'hui sont ceux qui peuvent, comme l'auteur, accrocher à chaque lieu un événement, une anecdote, un souvenir. C'est le privilège de l'enracinement qui confère à ces promenades une autre dimension qui vient de l'attachement à la terre qui vous a vu naître. Terre qui a ses lois et ses exigences, qui offre ses joies et ses bonheurs, mais n'arrête pas l'écoulement du temps. D'où les regrets et les nostalgies d'un poète que l'on suit avec tendresse à travers, cette fois-ci, son histoire personnelle."
Dans la présentation du premier ouvrage, on trouvait ces mots qui s'appliquent également au second : "Il ne faudrait pas que l'image d'une Provence maritime et horticole, telle qu'elle nous est présentée dans ce livre, cède un jour le pas à celle d'un vaste espace sans âme et sans parfum". Ils avaient été écrits en 1987, trente-trois ans plus tard, ils sonnent comme un cri d'alerte.