Des hauteurs de la Provence s'envolent pensées et créations d'aujourd'hui

samedi 25 juillet 2026

Les mots retrouvés de Sevgi Türker-Terlemez

 Sevgi Türker-Terlemez est une amie de ce blog dont nous suivons avec intérêt les parutions. La dernière dont nous avions parlé était une pièce de théâtre en un acte évoquant les fantômes de Nâzim Hikmet, Franz Kafka et Samuel Beckett. Poésie et théâtre étaient déjà mêlés comme dans ce nouveau livre où la rencontre entre les deux donne à l'écrit devenu parole, souffle et mouvement.

Le livre commence par les Fragments d'un poète revenu du silence. Comme nous l'explique dans sa préface Bruno Cany : "Partant d'une expérience à la limite de l'innommable, l'auteur plonge dans cet au-delà des mots de la quotidienneté – et nous entraîne avec elle – à la quête du secret de l'expérience limite de la perte de la parole." Des poèmes liminaires, à la croisée du cri et du chant, nous disent toute la difficulté à la vivre en même temps que la charge de lumière qui lui est attachée :

       Aux âmes blessées, à ceux que le silence serre

      À tous ceux qui tombent et se relèvent de la guerre

      Ce chant est un phare, un brasier, une flamme.

      Un dernier souffle ardent qui proclame.

Les titres donnés à chaque fragment nous font traverser les étapes de cette expérience éprouvante : La chute, Combat lent, Le désert de la langue, Les trois fantômes de la scène, La scène offerte, Après la lumière, la paix, Dans le vide.

La deuxième partie, qui occupe la plus grande partie du livre, s'intitule Cycle de l'innommable avec pour sous-titre Poème dramatique en quatre souffles et un silence. Le texte est destiné au théâtre. Chaque souffle est décomposé en mouvements où s'expriment tour à tour le narrateur, l'homme, le silence, le chœur, la voix d'en haut, le poète… L'écriture est resserrée, réduite à l'essentiel, ce qui lui donne force et gravité :

    Nous les invisibles

    Nous sommes

    Au bord des routes

    Sans devenir paysages



    Nous sommes 

    Les silhouettes floues

    Derrière les vitres du pouvoir

    Les dos courbés

    Qui tiennent les murs droits.



    Nous sommes les oubliés.

    Dans les statistiques

    Les noms rayés

    Des plans d'avenir.



    Nous sommes

    Les mains sans signature

    Les voix sans pupitre

    Les souffles qui passent

    Sous les portes verrouillées.


De ce poème dramatique, Sevgi Türker-Terlemez nous dit dans l'épilogue : "qu'il est structuré comme un oratorio ; entre rite et tragédie et un dialogue avec le souffle, le silence, la mémoire, les ombres, la lumière…"

Et de l'ensemble du recueil, dédié au poète et à l'homme de théâtre, elle le qualifie d'« acte de survie » qui « s'inscrit dans une tradition de poésie existentielle où se rencontrent lyrisme contemporain, tragique antique et écriture introspective ».

Complément :

- Le livre sur sur site de l'éditeur.




 


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