Elle t'a condamné par contumace, tu lui as laissé tes détresses en forme d'amours coloriés en jaune sur fond noir. Tu es un poète total et je l'avoue humblement, peu nombreux sont les poètes qui m'ont autant exalté. Ne vois ici aucun esprit morlaisien épris de chauvinisme. Simplement te dire qu'à force de te considérer comme rien, ni beau ni bon, de te railler, de te caricaturer toujours vers le plus bas et au-delà du tolérable, tu es devenu non plus un mousse mais quelqu'un. Un Monsieur pauvre de tout et de toi-même mais riche de ton écriture si audacieuse et si novatrice. Je t'écris cette lettre tâchée de spleen baudelairien cher triste Tristan, pour te dire qu'il m'est impossible de t'oublier. Et pourquoi ? Te dire aussi que les démons ruminés au point de te ronger sont partagés par-delà les certitudes de l'humaine piste et, même si l'art ne t'a pas connu, même si tu n'as pas connu l'art, je m'incline devant ta poésie criante de talent et de vérité.
Je poste cette lettre de ta ville où tu as vu le jour s'allumer puis s'éteindre, de ta ville dont tu n'as rien dit, à croire qu'elle ne t'a inspiré que dans tes lettres, la maison Bourboulon, Le Launay et Coat-Congar. Tu la recevras sous enveloppe à ton nom, sans adresse ou alors rue du ciel, avec un beau timbre, tu te reconnaîtras.
En toute confraternité poétique, sur une des hauteurs de notre ville, en ce 4 mars 2011. Bien à toi
Jean Albert Guénégan
Complément :
- Les Amours jaunes numérisés sur Gallica



