Des hauteurs de la Provence s'envolent pensées et créations d'aujourd'hui

samedi 24 juillet 2021

Le n°14 des Cahiers MAX ROUQUETTE

Nous avons déjà eu l'occasion dans ce blog de parler des Cahiers MAX ROUQUETTE. Nous sommes heureux aujourd'hui de présenter leur dernière livraison dont le sommaire est particulièrement riche et témoigne une fois de plus de l'étonnante fécondité des Lettres d'Oc, à la fois passée et présente.

On trouvera dans ce numéro trente trois poèmes inédits de Max Rouquette réunis sous le titre Las abelhas dau silenci. Signalons que Muriel Batbie Castell vient d'en mettre un en musique :

 On y découvrira aussi trois lettres de Jean Jaurès qui rappelleront combien pour le grand homme la réalisation des idéaux de la République passait par l'éducation, une éducation qui intégrerait pleinement les apports de la civilisation occitane.

Une partie du cahier rend hommage à tous ceux qui Nos an laissats récemment : les poètes Frédérique Jacques Temple (1921-2020), Jean-Marie Petit (1941-2020) et Claudio Salvagno (1955-2020), l'historien du catharisme Michel Roquebert (1928-2020), le chanteur Joan-Pau Verdier (1947-2020), l'artiste et militant René Duran (1942-2020) et encore Monique Bernat, Joseph Frayssinet, Marysette Tarlier.

Des études signées Jean-Frédéric Brun, Philippe Gardy, Roland Pécout, sont consacrées à l’œuvre de Jean-Marie Petit, aux amitiés suisses romandes, romanches et frioulanes de Max Rouquette, à une traversée de l'Histoire vue de Montpellier. Montpellier encore revivra dans ce numéro sous la plume de François Dezeuze qui laissa un journal écrit durant la guerre de 14-18.

La revue rend compte encore d'expositions et de parutions récentes. Dessins et aquarelles de J-S Pons, photographies de Georges Souche, peintures de Colette Richarme, ouvrages d'histoire, de philologie, de littérature, de poésie, de critique littéraire, essais ... signés Philippe Martel, Michaël Iancu, Frédéric Joly, Miguel Delibes, Silvan Chabaud, Monica Langobardi, Dominique Roques Ferraris, Miquela Stenta, Jordi Gros, Hervé Di Rosa, Claude Sicre ... apportant tous leur éclat singulier à la grande mosaïque occitane.

Elle accorde également une place à Max Rouquette, auteur de théâtre. Jean-Claude Forêt présente une mise en scène de sa pièce Médée par Jean-Louis Martinelli au Burkina Faso.

Tout en ne cessant de célébrer leur inspirateur, les Cahiers MAX ROUQUETTE continuent de l'accompagner d'une polyphonie qui ne fait que renforcer sa présence parmi nous seize ans après sa disparition.

Complément :

- La commande de ce Cahier n° 14 peut se faire directement sur le site de l'association : http://www.max-rouquette.org/cahiers ou en écrivant à :  Association Amistats Max Rouquette, 2 rue de l'Ancien Courrier, 34000 Montpellier. Le prix d'un Cahier est de 20 €



samedi 19 juin 2021

Un parc remarquable

Il est des lieux  qui nous aimantent. Tel fut le cas pour moi du parc Sainte Claire à Hyères dans le Var que j'ai fréquenté avec assiduité tout au long de l'année 2020. Il m'a inspiré un livre que j'ai souhaité accompagner de dessins du peintre Tony Fontana qui est également un amoureux de l'endroit et de ses environs. Michel Capmal que les familiers de ce blog connaissent bien m'a fait l'amitié de me transmettre ses premières impressions de lecture.

Ouvrir ce livre c’est aller à la rencontre d’un promeneur solitaire et en éveil qui nous invitera à partager une roborative déambulation dans le parc du château de la ville d’Hyères. « Le temps de sa balade, il ne serait plus soumis à cette abrasion quotidienne des esprits… » Une visite qui se déroule, selon un rituel personnel, tout au long d’une année et au rythme des quatre saisons. Ce sera « le parc dans le passage du temps ». Du haut de la tour Sainte-Claire, le regard intérieur retrouve les époques prestigieuses et révolues de la ville. Au loin, la presqu’île de Giens et Porquerolles.

Au bout d’une allée, et entre pins, oliviers et eucalyptus, surgiront des personnages atypiques ayant fortement contribué au charme et à l’existence de ce parc. Le colonel Olivier Voutier, découvreur de la Vénus de Milo, la romancière américaine Edith Wharton, le peintre René Monteix, et quelques autres. A la belle saison, nombre de visiteurs et visiteuses seront attentifs aux indications parfois fort détaillées de ce guide improvisé et bienveillant. En septembre surviendra l’abattage d’un grand Cèdre laissant un vide qui viendra confirmer que « l’attraction que les arbres exercent sur nous échappent à toute explication rationnelle. » Évocation, en octobre, du Parque das Ruinas à Rio de Janeiro lors du passage d’un vieil ami brésilien, Ivan, au parc Saint-Claire. En novembre, souvenir de Georges Pompidou évoquant Baudelaire et la déréliction de l’homme moderne. En décembre, se rappelle à nous le nom de Louise de Roubiac ayant ouvert un monastère de Clarisses ; et nous en saurons un peu plus sur la fondatrice de l’ordre Sainte Claire d’Assises.

Lire ce livre c’est peu à peu découvrir l’histoire oubliée de cette ville, notamment sous l’aspect architectural, religieux, culturel, et « envisager l’espace dans sa connexion avec la création littéraire. » Les dessins de Tony Fontana, un peintre pour qui « la haute ville était une source d’inspiration inépuisable », sont remarquables et en parfait accord avec le récit.

                                                                          Michel Capmal

Compléments :

- Le livre sur le site de l'éditeur et sur celui du Comité des parcs et jardins de France.

Un article d'André Lombard.

 


samedi 22 mai 2021

Retour à Tolède

Javier del Prado Biezma est un brillant universitaire espagnol. Il est aujourd'hui professeur émérite à l'Université Complutense de Madrid. Il est devenu Docteur Honoris Causa par l'Université Michel de Montaigne de la ville de Bordeaux. Grand spécialiste de la poésie et de la littérature française, il a notamment travaillé sur Patrice de La Tour du Pin, Chateaubriand, Hugo, Lamartine, Stendhal, Flaubert, Baudelaire, Mallarmé, Rimbaud. Il est également traducteur. Mais pour nous, il est avant tout poète et romancier, avec ce rare privilège de pouvoir écrire directement en français. Ce fut le cas pour son dernier roman que nous sommes heureux de présenter ici.

C'est d'un livre fort dont il s'agit. Un livre qui traite de la relation père/fils. Le narrateur qui est né à Tolède où il n'a passé que les toutes premières années de sa vie y revient pour accompagner son père dans ses derniers jours. Celui-ci, atteint d'un cancer du poumon va trouver néanmoins assez de souffle pour lui transmettre un secret de famille qui a pour cadre un petit lavoir au bord du Tage situé dans le quartier des Portugais.

Cet épisode douloureux, vécu dans une ville exceptionnelle qui condense une grande partie de l'Histoire de l'Espagne, permet à l'auteur de se livrer à une méditation sur le sens de la vie, sur la destinée, autant individuelle que collective, sur l'identité aussi et le véritable enracinement.

Le fait de s'exprimer dans une autre langue que sa langue maternelle favoriserait-il le lyrisme et la confidence ? L'auteur qui est aussi le narrateur ne cache pas l'effroi qu'il ressent en voyant son père agoniser. Il dévoile de même comment son besoin d'écriture peut devenir indécent à un moment où la compassion doit l'emporter.

Tolède qui est le théâtre de ce retour aux sources traverse en continu tout le livre. L'auteur n'ignore rien de son histoire, de ses palais, de ses églises, de ses jardins, de ses ponts... Il entretient avec la ville une relation intime et conflictuelle bien différente de celle d'un Maurice Barrès par exemple qui ne pouvait se revendiquer comme Javier del Prado Biezma d'un rapport filial.

On l'aura compris ce livre est à lire à plusieurs niveaux, l'ensemble étant servi par la grande culture de l'auteur et rehaussé par sa sensibilité poétique qui lui a permis de convoquer les mots les plus irradiants de la langue française.

Compléments :

- Le livre sur le site de l'éditeur.

- Tolède en images.